Rouler sa bosse : Portrait de francophone

23 avril 1999
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Arrivé avec 1,75 $ dans ses poches, Normand Beauvais roule sa bosse. Il est vraiment un bel exemple de détermination.

Qui aurait cru que le destin de Normand Beauvais, arrivé à Yellowknife avec 1,75 $ dans ses poches, le mènerait, quatre mois plus tard, vers l'accomplissement d'une belle réussite personnelle.

Toutefois, le destin n'est pas seul dans cette histoire puisque «l'on récolte ce que l'on sème» vous répondrait M. Beauvais.

Effectivement, ce que M. Beauvais récolte, il l'a non seulement semé, mais aussi entretenu avec coeur.

«J'ai du coeur et je n'ai pas peur de travailler», explique-t-il.

Lorsque la mine de cuivre de la compagnie Hudson Bay, dans le nord du Manitoba, a fermé ses portes, il a dû réorienté sa carrière après y avoir consacré 22 ans de sa vie.

«La mine a fermé en raison du coût d'exploitation trop élevé. Depuis l'ouverture de la mine, la livre de cuivre est passée de 25 $ à 60 ¢ alors qu'elle coûte 68 ¢ à extraire.»

M. Beauvais s'est donc dirigé vers Yellowknife, en janvier dernier, avec l'espoir d'être engagé comme ingénieur de structure minière à la mine BHP.

Se retrouvant la bec à l'eau, étant donné que la compagnie priorisait l'embauche de résidants d'ici, il n'a pas perdu espoir et s'est retroussé les manches.

Après quelques semaines, il s'est décroché deux emplois: une à la réception du Igloo Inn et l'autre au restaurant Country Corner. Puisqu'il a toujours aimé cuisiner, il est donc comblé par son nouvel emploi dans la restauration.

«Le travail que je fais présentement représente un dixième de l'effort physique que je devais déployer à travailler dans les mines.»

Fils d'une mère Iroquoise et d'un père Québécois, Normand Beauvais a grandi sur la réserve de Maniwaki, au Québec. Il est d'ailleurs resté fortement imprégné par le sage enseignement de son grand-père.

«Mon grand-père m'a appris à voir le travail comme un jeu. Alors je m'efforce d'appliquer cet enseignement. Le plus étonnant, c'est que ça fonctionne et les journées passent beaucoup plus vite comme ça.»

Se définissant comme un Québécois-natif-tête-de-cochon, sa philosophie de bon travailleur n'est pas étrangère à ce mélange culturel d'où il semble tirer le meilleur parti des deux. On pourrait ainsi dire qu'il a le coeur du Québécois et la sagesse du viel indien.

«Le secret dans la vie c'est de s'aimer. Si tu t'aimes, tu peux apprendre à aimer les autres et, après ça, les autres vont t'aimer.»

Avec une myriade de projets en tête, Normand compte bien s'établir à Yellowknife pour de bon. «J'ai toujours habité dans de petites villes, alors d'habiter à Yellowknife me satisfait et... je n'aime pas déménager.»

Avec déjà un premier dépôt de fait sur sa maison, M. Beauvais aura accompli en quatre mois ce que certains mettent bien des années à réussir.

«Je pense que tout ce que tu donnes dans la vie te revient. Dans mon cas, mon attitude, l'enseignement de mon grand-père, mon coeur au travail et mon coeur à aimer les autres, m'auront bien servi je crois!»

Toutefois, pour arriver à ses fins, M. Beauvais aura été aidé par des gens qui ont bien voulu laisser la chance au coureur. Il tient donc à remercier les propriétaires du Igloo Inn, du Country Corner, de l'Armée du Salut ainsi que l'Association franco-culturelle de Yellowknife.