Au son de la voix, un simple observateur pourrait croire que l'homme de 36
ans est en pleine séance d'immersion francophone. Quelques mots en anglais
se glissent dans la conversation, certains se font hésitants. Pourtant,
Michael St-John est un francophone qui a grandi à mi-chemin entre Montréal
et Ottawa, dans la petite municipalité d'Alexandria, près de Cornwall. Mais
il a appris au fil des ans qu'autant la langue maternelle est presque
innée, autant elle peut se perdre facilement dans un environnement
anglophone.
« Après la fin de mes études secondaires, je suis entré dans le monde
anglophone. Je n'ai presque pas parlé français pendant quinze ans »,
explique celui qui s'est dirigé il y a huit ans vers les Territoires du
Nord-Ouest, plus précisément à Hay River, quand sa femme s'est trouvé un
emploi au sein du gouvernement. Conscient de la présence de francophones
dans la municipalité, il s'est toutefois laissé prendre par le tourbillon
du travail, ce qui l'a ancré avec encore plus d'insistance dans la langue
de Shakespeare. « Mon objectif était de terminer l'université et de trouver
du travail. Alors c'est ce qu'on a fait, ma femme et moi. On travaillait
tout le temps. Et l'été, on quittait pour les vacances. »
Ce n'est qu'à la naissance de son premier fils que Michael a soudainement
pris conscience de l'héritage qu'il avait délaissé, mais qu'il voulait
transmettre à son garçon. « C'est l'histoire de ma famille qui passe à
travers la langue. Je voulais renverser le mouvement d'assimilation »,
raconte le père de quatre enfants. De ce premier pas, Michael s'est engagé
à l'Association franco-culturelle de Hay River, pour se retrouver
commissaire à la nouvelle Commission scolaire francophone de Division, dont
fait maintenant partie le programme de français de Hay River. L'enseignant
de mathématiques et de sciences de niveau secondaire s'est remis au
français.
« Je viens de recommencer à parler français. C'est un travail difficile de
trouver les bons mots ! Je dois me rééduquer, garder le petit peu de
français que j'ai. » Il observe toutefois qu'il n'est pas le seul à vivre
cette situation. « Quand je parle à des parents, je vois que plusieurs
comprennent, mais ils ne parlent pas la langue. » Il y a quelques années,
les rencontres fortuites à travers la ville se déroulaient en anglais, une
situation que Michael a dénoncée avec ses collègues auprès de
l'Association. « On essaie maintenant de se parler en français. »
Le paysage francophone de Hay River compte un membre de plus, pour qui
l'engagement est essentiel à la réussite. « Hay River, c'est petit. Il faut
que tout le monde s'engage pour que l'on ait des services. » Celui qui
redécouvre la francophonie espère que le programme de français offert dans
une école anglophone puisse prendre prochainement ses aises dans des locaux
entièrement consacrés à l'éducation en français. « À chaque année, nous
offrons un niveau de plus en français. En septembre, c'est la quatrième
année qui aura droit à des services en français. »
Son premier garçon, Malcolm, mettra les pieds pour la première fois à
l'école à l'automne, dans une classe francophone. Il ne parle pas encore la
langue, balbutie quelques mots, mais son père croit qu'il comprend quand il
lui adresse la parole en français. Pour Michael St-John, le cycle de
l'assimilation s'est brisé. Pour le simple observateur, c'est un père qui
apprend, tout comme son fils, à retrouver ses racines.