Identité culturelle : Points de repère

12 mars 2015
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En février, d’anciennes tensions sont resurgies entre communautés québécoises et francophones hors-Québec, une effervescence solidaire a parcouru l’Ouest canadien alors que la Cour Suprême entendait la Cause Caron et des jeunes d’expression française de partout au pays se sont rassemblés à Winnipeg pour le sixième Forum jeunesse pancanadien. Ce mois-ci, nous célébrons la francophonie internationale et ces événements demeurent poignants car aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de parler, ou au moins d’entendre parler de francophonie. Je me permets ici, de vous en parler un peu plus, de vous raconter quelques bribes de mon histoire d’amour.

J’ai un peu l’impression que mon frère et moi nous ayons grandi parmi d’autres vilains petits canards aux Territoires du Nord-Ouest. Mes parents ontariens, qui s’étaient lassés de la banlieue et de la chaleur se sont rencontrés par hasard dans une conférence anti-nucléaire à Yellowknife en 1986. Presque trente ans plus tard, ils y sont toujours. Ma mère Suzette Montreuil a été élevée en français. Lorsque ma grand-mère s’est établie à Mattawa, une petite ville au confluent des rivières Mattawa et des Outaouais, elle a eu honte de son accent aux couleurs rurales et elle l’a dissimulé derrière l’anonymat de l’anglais.

Il n’y avait pas d’école secondaire francophone à Mattawa, alors ma mère a poursuivi ses études secondaires et universitaires en anglais. Lorsqu’elle a eu ses enfants, elle a voulu reprendre l’habitude de parler en français. Elle a donc commencé à militer en compagnie d’autres parents pour instituer une garderie publique francophone à Yellowknife, la Garderie Plein Soleil, ce qui lui a permis de renouer ses liens avec sa langue maternelle. C’est ainsi que j’ai fait ma maternelle dans une classe modulaire de l’École Allain St-Cyr, sur le terrain d’une école d’immersion publique. L’ÉASC était née en 1989 avec seulement neuf étudiants. Un clin-d’œil plus tard, je prononçais un discours à son 20e anniversaire, alors que j’étais en 11ième année.

Aujourd’hui, ma mère est présidente de la Commission scolaire francophone des TNO, qu’elle représente au niveau national à la Fédération nationale des conseils scolaires francophones. Mon père, Kevin O’Reilly, a un certain héritage canadien-français, mais aucun membre de sa famille ne parlait couramment la langue. C’est surtout l’héritage irlandais qu’il nous a transmis. Ma famille exogame est donc à l’image de milliers d’autres dans la francophonie canadienne. Mon père se débrouille pourtant en français et a toujours été impliqué à notre éducation en tant que parent et à la vie communautaire dans le Nord.

À mon tour, je me suis impliquée auprès de la communauté franco-ténoise, tout en tentant de la définir. À l’école, mes enseignants étaient pour la plupart québécois, j’avais des amis sénégalais et moi, n’ayant pas « d’ailleurs » auquel rêver, je me demandais justement où étaient mes racines. Avec le temps, et surtout, avec le temps vécu dans le sud, ma francophonie s’est surtout ancrée dans un attachement envers l’espace physique où j’ai grandi. Le soleil de minuit, les longues nuits hivernales, le grand air, l’isolement, le silence, le froid, toutes ces choses ne me sont pas étrangères; aujourd’hui, elles font partie de moi.

Tout ça pour dire que notre langue est en réalité un ensemble de points de repère, une compagne dans la quête identitaire qui nous rappelle d’où l’on vient. Que nous ayons grandi dans une école francophone, dans une école d’immersion, dans une autre région du Canada ou de l’autre côté d’un Océan, la francophonie nous rejoint. Qu’elle nous soit transmise par l’enseignement, par l’héritage, par une réalité coloniale ; qu’elle évoque pour nous le combat, l’assimilation, ou l’élite, cette langue est aujourd’hui la nôtre. Faisons-en le meilleur usage possible.