Soins de santé : Peu d'offre pour peu de demande

17 novembre 2011
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Les services de santé aux Territoires du Nord-Ouest, particulièrement à Yellowknife,
ne sont pas en très grande demande actuellement.

L’Administration des services de santé et des services sociaux de Yellowknife mène actuellement une enquête auprès d’une centaine de foyers francophones ténois pour connaître le degré de satisfaction des gens quant aux soins de santé dans la capitale.
Le journal a décidé de se pencher sur la question en demandant à des gens qui œuvrent directement dans le domaine de la santé en français aux TNO.
À l’hôpital Stanton, il y a présentement dix employés bilingues qui travaillent au sein de différentes unités. On retrouve des infirmiers, des spécialistes en rééducation ainsi que des médecins.
Mais pour satisfaire la demande, l’hôpital s’est muni de quelques interprètes francophones sur appel, pouvant servir de traducteurs entre les patients et les médecins.

Remaniement du roulement
Si certains ont pu croire que le personnel lié à la traduction avait diminué, comme quelques personnes le mentionnaient de bouche à oreille, le président directeur général de l’hôpital Stanton, Robyn Greig, explique que c’est plutôt un remaniement du personnel qui laisse croire à du changement.
« Durant la journée, donc du lundi au vendredi, explique-t-il, nous avons des gens disponibles pour offrir ce service et à d’autres moments, ce sont des membres du personnel qui peuvent fournir le service pour lequel ils reçoivent une prime. Ils permettent ainsi de fournir un service bilingue. »
De 7 h 30 à 16 h, les dix employés bilingues peuvent donc être appelés, s’ils sont disponibles pour servir d’interprète ou eux-mêmes exercés comme spécialistes de leur domaine dans la langue du patient.
Si personne n’est disponible, des traducteurs sur appel peuvent être dépêchés sur les lieux.
En dehors des heures de bureau traditionnelles, ce n’est pas tout à fait la même chose. « Après 16 h environ jusqu’au matin et durant les fins de semaine, ajoute Robyn Greig, nous avions originalement quelqu’un en attente ou sur appel qui pouvait se déplacer. Ce que nous avons fait depuis, c’est d’ajouter une autre personne que le personnel peut contacter. Nous vérifions d’abord si quelqu’un dans l’établissement peut fournir ce service, puisque nous avons un bon nombre de personnes qui peuvent le faire, et s’il n’y a personne de disponible sur place, alors nous avons des gens désignés sur appel qui peuvent venir et fournir le service de traduction. »

Offre active versus offre demandée
Toutefois, ce qu’il faut noter, c’est que à l'hopital, le service en français n’a été demandé qu’une cinquantaine de fois durant la dernière année et que la majorité de ces demandes ont eu lieu durant le jour, la semaine.
Cela peut s’expliquer par le fait que seule une affiche à l’entrée de l’hôpital fait mention du service de traduction en français pour ceux qui le demandent, selon le coordonnateur du Réseau TNO santé en français, Jean de Dieu Tuyishime.
« Officiellement, on met un papier pour annoncer qu’il y a des services en français, souligne-t-il, mais ce n’est pas une offre active, c’est une offre à la demande. »
Selon lui, en situation de langue minoritaire, cela ne devrait pas être la méthode utilisée par l’hôpital pour offrir ces services.
S’il y a bel et bien eu cinquante demandes pour des services de santé en français au courant de la dernière année, bien des francophones ont pour leur part choisi d’être servis en anglais, et ce, surtout chez les jeunes.
« Les jeunes ne demandent plus le service en français, croit Jean de Dieu Tuyishime. Quand on leur a demandé pourquoi, 80 % ont répondu qu’ils se disent bilingues. Mais le problème c’est qu’en situation de panique ou d’urgence, c’est la langue maternelle qui revient. »

Cercle vicieux
Pourquoi les francophones, majoritairement les jeunes, préfèrent-ils alors recevoir des services en anglais? Pour bien comprendre, il peut être bon de créer une situation fictive.
Un francophone se présente à l’hôpital. il souffre de douleurs aux reins. Il demande à la réceptionniste d’être servi en français, celle-ci commence donc à faire des appels dans les différentes unités pour voir si quelqu’un est disponible au sein de l’établissement.
Malheureusement, tous les spécialistes sont occupés pour le moment et la réceptionniste appelle un des interprètes, qui répond et confirme qu’il va venir. La réceptionniste avise à ce moment le patient francophone de bien vouloir patienter durant, par exemple, quinze minutes, le temps que la personne désignée arrive.
Les douleurs se font vives et le patient hésite à patienter plus longtemps. Il dit aussitôt à son interlocutrice de laisser tomber ces démarches car il parle également l'anglais et qu'il préfère être examiné immédiatement.
« C’est ça la situation, indique le coordonnateur du Réseau TNO santé en français. On fait le tour dans tout l’hôpital pour savoir si quelqu’un est disponible avant d’appeler pour voir qui est disponible parmi les interprètes sur appel. Ça peut augmenter le temps d’attente. »

Solutions
Afin de dévier cette tendance, les solutions semblent très claires pour Réseau TNO santé en français.
« La solution serait d’avoir de l’offre active, croit son coordonnateur. Il faudrait que les gens à la réception proposent d’offrir des services en français. Mais en même temps, oui, il y a l’offre, mais il y a aussi la demande. Nous avons le devoir de demander ces services en français. »
Du côté de l’hôpital, malgré le faible taux de demandes pour les services de soins en français, l’hôpital ne compte pas réduire son personnel.
« Le service n’a pas été changé et il n’y a eu aucune réduction, le service continue d’être offert également, affirme Robyn Greig. Il n’y aura pas non plus de réduction dans le futur. Nous avons simplement organisé nos ressources différemment. »
L’enquête de l’Administration des services de santé et services sociaux de Yellowknife, orchestrée par le Conseil de développement économique des Territoires du Nord-Ouest, se déroule depuis le 14 novembre et se terminera le 26 novembre.
Les résultats du sondage effectué par Internet et par téléphone permettront de faire la lumière sur la réalité des soins de santé en français à Yellowknife.