NWT Pride : Penser l’arc-en-ciel

16 août 2013
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Stephanie Irlbacher-Fox (Photo : Denis Lord)

Stephanie Irlbacher-Fox (Photo : Denis Lord)

NWT Pride : la fête et les rencontres, un lieu
pour apprendre à mieux vivre les différences.

Quelles sont les avenues de conciliation entre spiritualité et sexualité? Comment la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, transsexuelles et transgenres (LGBTQ+) peut-elle aider ses membres à vivre leur différence dans la tolérance? Quelle est la place des LGBTQ chez les Amérindiens? Pour ces questions, pour leurs multiples réponses, le NWT Pride avait aménagé, les 10 et 11 août derniers, des espaces de dialogue.
Brooke Jen et Jacq Brasseur ont animé un atelier sur les liens unissant Pride et capitalisme. « La grande idée derrière cet atelier, a expliqué Jacq Brasseur, c’est qu’on ne veut pas que les gens soient manipulés par le capitalisme et les images projetées par la publicité. » L’appui à la communauté LGBTQ sert de cheval de Troie pour la vente d’objets de consommation. Jacq Brasseur apprécie une pub comme celle de Google, qui ne sert la vente d’aucun produit, mais veut démontrer que des emplois sont ouverts à tous dans la compagnie. Si elle est reconnaissante que le monde corporatif a évolué vers la tolérance, alors que des compagnies affichent ouvertement leur appui à la communauté LGBTQ, Jacq Brasseur ne peut que regretter que la représentation de ses membres dans les publicités soit très normative, représentant les franges les plus rassurantes de sa communauté. L’irrépressible victoire du mainstream, quoi...
Ces réflexions, ce rejet de la manipulation, ont amené les animatrices à expliquer les choix publicitaires de la NWT Pride. Jacq Brasseur a concédé que son organisation ne pouvait faire l’économie d’une logique de profit, mais qu’elle tentait d’y maintenir une certaine éthique, par exemple en évitant de faire affaire avec des compagnies dont les publicités sont sexistes.

Les maux du colonialisme
Lors d’un second atelier, Stephanie Irlbacher-Fox a expliqué comment la décolonisation pouvait être simultanément profitable aux communautés LGBTQ+ et amérindiennes. La colonisation, a rappelé la consultante en gouvernance et auteure de Finding Dahshaa, c’est le processus par lequel les puissances européennes se sont établies en Amérique du Nord, s’accaparant des terres et éliminant ses habitants à divers degrés, de l’assimilation au génocide. Pour Stephanie Irlbacher-Fox, l’acculturation des jeunes Amérindiens par leur déplacement dans des pensionnats, les agressions sexuelles perpétrées sur eux ainsi que sur les femmes font partie de cette logique de colonisation, dont l’ultime et résiduelle incarnation est le modèle du mâle blanc dominant. « Les Amérindiens ont été doublement oppressés par ce modèle, souligne-t-elle. Traditionnellement, chez les Dénés, les femmes pouvaient avoir plusieurs maris, et elles avaient certains pouvoirs. Les différentes orientations sexuelles (Two-Spirited People) étaient acceptées. » Selon Stephanie Irlbacher-Fox, les Autochtones d’une certaine génération, influencés par les valeurs du christianisme, sont devenus beaucoup plus intolérants envers eux et ont transmis ces sentiments aux générations ultérieures. La décolonisation peut être considérée comme un processus de guérison, d’un retour à une société plurielle, valorisant plusieurs modèles.
Lors de l’avant-dernier atelier de ce samedi, plusieurs membres de la communauté LBGTQ+ ont tour à tour raconté comment ils ont révélé leur identité sexuelle à leur famille, les réactions suscitées : beaucoup d’émotions, mais contenues, masquées par de l’humour. À noter que des membres de l’Église Unie étaient présents à plusieurs de ces ateliers, en démonstration de leur soutien à la communauté.