Projet gazier du Mackenzie : Pas avant 2018

18 mars 2010
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Les promoteurs repoussent de quatre ans l’inauguration de leur hypothétique gazoduc.

 

En 2007, le consortium pétrolier mené par la compagnie L’Impériale estimait à 2014 la date où pour la première fois le gaz naturel extirpé du delta du Mackenzie en mer de Beaufort serait desservi en Alberta, 1 200 km de gazoduc plus au sud. Depuis le 15 mars dernier, les promoteurs ont révisé leur échéancier et affirmé qu’ils ne pouvaient concevoir le début de la distribution du gaz nordique avant l’année 2018.

Avec leur nouveau calendrier soumis à l’Office national de l’énergie (ONE), L’Impériale déclare que ce délai est attribuable à plusieurs facteurs : « Des délais dans le processus de réglementations, l’absence d’entente fiscale avec le gouvernement fédéral, et ce que j’appellerais la nécessité de renouveler le recrutement du personnel pour le projet, ainsi que des contraintes et des facteurs saisonniers », précise l’attaché aux relations publiques de L’Impériale, Pius Rolheiser.

Déjà en 2009, le directeur d’un des membres du consortium, Bob Reid de l’Aboriginal Pipeline Group (APG), avait estimé lors d’une conférence sur les infrastructures nordiques que le projet pourrait être inauguré en 2016 moyennant une décision des promoteurs dès les premiers mois de l’année 2012. Depuis cette estimation informelle qui prévoyait le dépôt du certificat de commodité et de nécessité publiques favorable au projet à l’automne 2010 et une période de construction de trois saisons hivernales complètes, seul le temps de réaction du consortium a changé. Pour évaluer précisément si le projet est économiquement viable ou non, le consortium se laisse maintenant presque trois ans de réflexion, et non plus un an et demi, alors que L’Impériale assure ne pouvoir donner une réponse que durant le dernier trimestre de 2013.

« Ce sont également plus de 100 permis spécifiques additionnels que nous devons acquérir pour plus d’une centaine de différents travaux auprès des nombreuses agences de réglementation, si l’Office national de l’énergie approuve le projet. Ces permis devront obligatoirement être acquis avant que nous puissions prendre une réelle décision sur le futur de ce projet », étaye le relationniste de Calgary.

 

L’abandon de l’image globale

Ce retard est annoncé quelques jours après que l’Office national de l’énergie ait rendu publiques les concordances de ses recommandations avec celles proposées par la commission d’examen conjoint du projet gazier du Mackenzie (CEC). Selon l’agente de communication de l’ONE, plusieurs recommandations faites par la CEC prenaient en considération des éléments qui ne sont pas du ressort de l’Office indépendant. « Plusieurs de ces recommandations ne s’appliquaient pas à notre mandat, et relevaient de ministères tels que celui des Pêches et des Océans, ou de l’Environnement. Même s’il est responsable envers d’autres lois, l’ONE se réfère la plupart du temps à la Loi sur l’Office national de l’énergie et à la Loi sur les opérations pétrolières au Canada », de dire Sarah Kiley.

Pour Carla Sbert, gestionnaire des programmes de conservation et des enjeux légaux de Nature Canada, l’abandon de plusieurs des recommandations de la CEC, c’est une véritable calamité. « On est très découragé, car on a trouvé que le CEC avait fait un grand effort pour faire des recommandations pour tous les problèmes que le projet pose pour la région. Et de dire également que, oui, le projet pourrait être positif pour la région si on applique toutes ces recommandations », commente-t-elle, en affirmant que son organisme avait demandé à l’ONE que toutes les recommandations soient suivies pour assurer un projet positif pour le Nord.

Finalement avec plusieurs recommandations laissées au soin de divers ministères gouvernementaux, Carla Sbert considère que l’Office national de l’énergie a perdu l’image globale que le CEC avait réussi à exposer, répondant ainsi au désir des résidents du Nord de se pourvoir d’un projet qui leur soit bénéfique à eux aussi.

Dès le 29 mars à Yellowknife, l’Office national de l’énergie entendra les contre-interrogatoires des parties impliquées dans le projet alors que les plaidoiries finales seront entendues du 12 au 17 avril à Yellowknife et du 20 au 24 avril à Inuvik. Ces audiences sont publiques et accessibles dans les deux langues officielles via une retransmission virtuelle.