Éditorial : Où va l’argent?

27 novembre 2014
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Le rapport du vérificateur général du Canada au sujet du programme Nutrition Nord n’a rien d’étonnant. En fait, il semble reprendre plusieurs des arguments entendus dans les premiers mois suivant la mise sur pied du programme.
La constatation la plus troublante concerne le manque de certitude que les sommes investies auprès des détaillants et des distributeurs servent effectivement à réduire le coût prohibitif des aliments. Le ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord n’a pas mis en place des mécanismes efficaces de contrôle pour faire un suivi précis des sommes déboursées et de leur allocation.
Il faut faire attention ici. Rien ne dit non plus que les sommes sont détournées vers les poches des détaillants. Ce serait ignorer que les personnes chargées des magasins Northern ou Coop dans plusieurs petites collectivités ne sont que des gérants qui n’empochent rien si ce n’est leur salaire. Quand on regarde l’organisation typique de cette activité commerciale dans le Nord, on peut difficilement y voir un méchant capitaliste qui s’en met plein les poches avec l’argent destiné aux pauvres familles du Nord. Ces gérants sont simplement des employés et aucune de ces sociétés ne prendrait le risque d’énoncer des directives qui pourraient devenir publiques et les balayer de la carte du jour au lendemain.
Mais il peut aussi y avoir de l’incompétence, et un contrôle plus serré du ministère pourrait certainement évaluer les possibilités de gaspillage de la subvention.
Le bémol de ce contrôle accru serait qu’une portion supplémentaire du programme serait détournée de sa visée première – réduire le coût des aliments – pour appuyer les nouveaux services de contrôle. On ne peut échapper à cette contradiction.
Ici à Yellowknife (et aussi à Hay River et à Fort Smith, mais dans une moindre mesure), on a la vie belle. Ce programme ne nous touche pas, le coût de transport en provenance de l’Alberta n’est pas si élevé. Par contre, dans les petites collectivités isolées, ce programme peut faire la différence entre un sac de 5 lb de pommes de terre à 20 $ ou le même sac à 16 $. C’est toujours cher, mais c’est un peu mieux.
Plusieurs observateurs voyaient dans l’abandon du programme de subvention postale et son remplacement par Nutrition Nord une tactique pour s’attaquer à la viabilité de Postes Canada. Les multiples gestes du gouvernement fédéral dans le dossier des postes, comme l’abandon de la distribution à domicile, donnent beaucoup de crédibilité à ces dénonciations. C’est comme si le gouvernement se disait qu’à force de couper les services, cela rendrait Postes Canada inutile et ouvrirait la porte aux services privés de messagerie.
Nutrition Nord ne deviendra jamais un enjeu électoral au Canada, sauf dans une dizaine de circonscriptions nordiques. Postes Canada, par contre, pourrait fort bien devenir un enjeu important et il serait important de garder un œil sur ce dossier.