Chronique chasse et pêche : Opération mouflon de Dall

05 mars 2015
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Jocelyn et son mouflon de Dall (Photo: JD)

Jocelyn et son mouflon de Dall (Photo: JD)

 

J’ai récemment discuté avec un agent de la paix qui m’a révélé certaines informations reliées à l’attaque de grizzly qui a causé la mort d’un chasseur américain l’automne dernier aux TNO. Cette conversation informelle a soulevé quelques souvenirs, puisque j’étais présent lors de l’évacuation de la dépouille. Elle a été extraite des bois via la station de garde de chasse communément appelée station 222. Chaque année, mon partenaire de chasse Bruno Bernier et moi, nous établissons notre campement près des gardes forestiers afin de maintenir une étroite communication avec eux. Ce malheureux incident nous a ramenés rapidement à la réalité. Nous devions recourir à la prudence et maintenir un niveau d’alerte afin de minimiser les rencontres inopinées avec les grizzlys. C’est également quelques mois avant ce triste événement que j’ai moi-même été chargé par un grizzly. J’ai évité le pire lors d’une chasse au mouflon de Dall et croyez-moi, l’ensemble de cette situation aurait pu être évité. Afin d’aider à donner un sens à tout ça, je vais élaborer pour vous les leçons apprises que j’ai si chèrement retenues.

C’est l’été dernier, accompagné d’un caméraman dans les monts Mackenzie, que j’ai eu l’occasion de récolter mon premier mouflon de Dall. Une belle bête vêtue d’un blanc presque pure et aux cornes brun jaunâtre était maintenant au sol après plusieurs kilomètres de montées ardues le long de flancs abrupts. En somme, nous étions à plus de 70 km de la station 222 et à 5 km du campement satellite. Une fois de retour au campement de base, nous constations que le seul et unique véhicule tout terrain (VTT) était enlisé de façon à ce que l’on ne puisse pas le ressortir. Nous étions seuls au monde, et la chance de voir d’autres chasseurs était quasi nulle. Nous avons décidé de prendre une pause afin de réfléchir aux options qui s’offraient à nous. C’est à ce moment que l’odeur de la viande fraîche et des vêtements imbibés de sang a vite convaincu un grizzly de nous faire une petite visite. Cette rencontre-surprise s’est vite changée en réclamation de dû, il insistait férocement pour avoir notre mouflon. J’ai effectué deux coups de sommation en sa direction en prenant soin de ne pas le blesser. Toutefois, cela ne l’a pas empêché de me charger, de taper au sol et de grogner. C’est une fois que je me suis décidé à l’abattre afin de protéger ma vie et celle de mon compagnon que le grizzly a changé de comportement. Il s’est mis à tourner autour de nous, il effectuait de grands 360º en nous observant afin de trouver notre faiblesse. Il était donc clair que nous ne pouvions pas rester sur place sans l’abattre, et l’idée de se déplacer sur 70 km était impensable. J’ai dû faire appel au service de Great Slave Helicopter pour me sortir du pétrin. Sans une intervention rapide de leur part, j’aurais été dans l’incapacité d’épargner la vie du grizzly et celui-ci aurait sûrement été vite remplacé par un autre.

Dans le Grand Nord, tout doit être réfléchi : jamais se déplacer loin de la civilisation avec un seul VTT ou motoneige, toujours avoir un téléphone satellite, maintenir une communication avec nos proches, changer de vêtement lors du débitage de votre animal, avoir toujours une arme létale ou non létale, nettoyer si possible le sang sur votre équipement et surtout, demeurer alerte en s’assoyant un en face de l’autre lors des pauses afin de couvrir tous les angles. Ces leçons sont essentielles au maintient de la sécurité. La chance m’a souri et quelques jours plus tard, un autre n’a malheureusement pas eu cette chance.

Un petit rappel : le « bear spray » est une arme non létale efficace pour repousser les ours.