Une bombe à retardement : On estime près de 100 cas d'infection au HIV au Nunavut

13 mars 1998
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Les statistiques officielles pour le Nunavut dénombrent au moins 9 cas connus d'infection au HIV depuis 1987.

Parmi les façons dont le virus a été transmis, on compte un cas de transmission périnatale et les autres cas sont reliés soit aux comportements sexuels ou à l'utilisation de drogues par injection, ou bien une combinaison des deux. Au moins cinq sidatiques sont maintenant décédés.

Une conférence concernant le sida s'est déroulée à Iqaluit au début du mois de mars. Certains des organisateurs de la conférence estiment toutefois qu'il y aurait beaucoup plus de personnes infectées par le virus du sida qu'on ne le pense. Ainsi, pour un cas reporté, il y aurait éventuellement neuf autres personnes qui seraient, sans le savoir, porteuses du virus du sida.

Lors d'un reportage à la radio anglophone de Radio-Canada, un conseiller en santé communautaire d'Ottawa croit qu'en considérant les données ci-haut mentionnées il y aurait possiblement 90 personnes atteintes du Sida au Nunavut sans en être conscients. "Avec le plus haut taux de MTS, le nombre élevé d'adolescentes enceintes et le faible taux d'utilisation du condom, tous ces facteurs nous indiquent clairement pourquoi le HIV peut se transmettre comme une traînée de poudre au Nunavut!", confiait-il à CBC.

La situation pourrait donc vite devenir épidémique si les Nunavummiut ne commencent pas à se protéger davantage.

Selon le docteur André Corriveau, rejoint par L'Aquilon à son bureau de conseiller scientifique pour le ministère de la Santé des T.N.-O à Yellowknife, le ratio de 9 cas non diagnostiqués pour 10 cas d'infection au HIV ne s'applique pas directement aux T.N.-O, mais reflète plutôt une réalité nationale, nord-américaine ou mondiale, en particulier au début des années 1990.

Par exemple, les tests de dépistage du virus du sida sont maintenant plus accessibles au grand public qu'ils ne l'étaient voilà cinq ans.

En 1997, 701 personnes dans la région de Baffin ont passé le test de dépistage du virus. Dans le Keewatin (les données étant disponibles seulement du 25 mai au 31 décembre) et le Kitikmeot, respectivement 192 et 76 personnes se sont prévalues du test.

Afin de déterminer l'ampleur du problème, des études ont été réalisées par le ministère de la Santé des TNO sur des échantillons anonymes de sang. En 1990, sur 900 à 1000 échantillons, un seul cas s'est révélé séropositif. En 1995, aucune surprise n'est apparue dans une seconde étude comportant cette fois-ci 1400 échantillons de sang. La sélection de l'échantillonnage s'est effectuée au hasard, représentant les différents groupes d'âges, de sexes et de toutes les régions des TNO.

De plus, depuis quelques années, un programme très actif de dépistage du virus du sida auprès des femmes enceintes est mis en application dans tous les TNO. Aucun cas séropositif n'a encore été découvert depuis la mise en oeuvre du programme.

Ces résultats font dire au conseiller scientifique que le problème n'est pas aussi immense que prédit voilà quelques années. En fait, lorsque la maladie du sida a été découverte, il y avait toutes les raisons de s'inquiéter pour une épidémie en sachant que les TNO ont les taux de MTS les plus élevés au pays. "C'est simplement une chance qu'il n'y ait pas plus de cas maintenant !", s'exclame M. Corriveau.

Il nous met aussi en garde contre la tendance de moins se préoccuper de la question ou d'être trop complaisant. Le danger est toujours bel et bien présent.

Malgré que les programmes gouvernementaux de sensibilisation sont les mêmes partout dans les TNO, le Nunavut a toujours le plus haut taux de MTS. Des éléments culturels jouent sans doute un rôle important dans cette différence entre l'Ouest et l'Est.

La conférence d'Iqaluit s'est penchée sur les moyens pour mieux éduquer la population concernant la transmission du virus.

Une femme d'Igloolik, testée séropositive voilà trois ans, suggère que si les Inuit étaient mieux renseignés, ils y penseraient à deux fois avant d'avoir une relation sexuelle non protégée. "Il faudrait donner plus d'information, créer des dépliants. Il faut que cela soit également fait en inuktitut !", mentionne-t-elle à la radio de CBC.

Un comité a été créé à la fin de la conférence afin de mettre sur pied une stratégie d'éducation du public. Ce comité tentera d'obtenir du financement auprès de différents ministères fédéraux et également auprès du nouveau gouvernement territorial lorsque ce dernier sera en place au Nunavut.