Dépotoir de Yellowknife : On abat bien les oiseaux?

28 mai 2009
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Depuis longtemps, humains et oiseaux en quête de trésors cohabitent au dépotoir de Yellowknife. Mais pour combien de temps encore? (Photo : Batiste W. Foisy)

Depuis longtemps, humains et oiseaux en quête de trésors cohabitent au dépotoir de Yellowknife. Mais pour combien de temps encore? (Photo : Batiste W. Foisy)

À reculons, le conseil municipal de Yellowknife se fait à l’idée qu’il faudra peut-être tirer du goéland à la dump.

 

C’est à contrecœur que le conseil municipal de Yellowknife a adopté, lundi, une motion qui ouvre la voie à l’abatage d’oiseaux au dépotoir municipal.

Jouant de prudence, les conseillers ont pris soin de tourner le libellé de la résolution pour bien signifier qu’il s’agit là d’une solution de dernier recours. Mais l’esprit du texte demeure : Yellowknife doit dès maintenant entreprendre les démarches nécessaires pour pouvoir tuer en toute légalité les goélands et autres volatiles présents à la décharge.

« À ce moment-ci, notre intention n’est pas de tuer les oiseaux, mais nous devons parer à toute éventualité », a commenté en entrevue avec L’Aquilon le conseiller Kevin Kennedy qui a voté en faveur de la motion.

Les conseillers Paul Falvo, David Wind et Bob Brooks ont été les seuls à s’opposer, insistant tous les trois que la population de Yellowknife est majoritairement opposée à l’abatage.

 

Aéroport

C’est une demande de Transports Canada qui est à l’origine de ce projet pour le moins insolite.

L’agence fédérale, qui gère notamment les installations aéroportuaires du pays, a depuis longtemps une dent contre la gent ailée qui fréquente le dépotoir. Étant donné que la décharge municipale est située à 3,5 kilomètres de l’aéroport de Yellowknife, les goélands et corbeaux qui se repaissent dans les détritus gênent le transport aérien et posent même un risque à la sécurité des voyageurs. En fait, pour être conforme aux normes de sécurité aéronautique canadienne il faudrait que la dump soit située bien au-delà des limites de la ville de Yellowknife. C’est par mesure de tolérance que l’agence fédérale n’exige pas la fermeture complète du site de gestion des matières résiduelles.

Or, il y a plus d’un a, quand la ville a caressé le projet d’agrandir le dépotoir qui arrivera prochainement à ras bord, Transports Canada est intervenu dans le dossier et a signifié qu’elle s’opposerait à l’agrandissement tant et aussi longtemps qu’on aura pas abaissé significativement le nombre d’oiseaux dans la zone.

Supposant que la façon la plus efficace de dissuader les oiseaux de fréquenter le dépotoir serait de leur couper les vivres, la ville a d’abord échafaudé une série d’initiatives pour réduire la quantité de déchets organiques. Un nouveau système de tri des déchets en « trois cellules » est graduellement implanté au dépotoir, un projet de 25 000 $.ci On prévoit aussi déménager la décharge de matière fécale – présentement située au site de Fiddler’s Lagoon de l’autre côté de l’aéroport – au dépotoir municipal.

« Nous voulons réduire le va-et-vient des oiseaux entre les deux sites, précise Kevin Kennedy. L’idée c’est réellement de dégager le couloir aérien. »

Mais dans un rapport déposé en début mai, préparé par un groupe indépendant pour étudier la question, on en vient à la conclusion que ces mesures seront probablement insuffisantes pour régler entièrement le problème et que l’abatage demeure le moyen le plus efficace de contrôler le nombre de volatiles.

Des représentants de Transports Canada doivent se rendre à Yellowknife au courant du mois de juin pour visiter le dépotoir et pour rencontrer les auteurs du rapport recommandant l’abatage d’oiseaux. L’agence disposera par la suite d’un délai de 30 jours pour émettre une recommandation concernant le contrôle des oiseaux à la ville de Yellowknife.

Au final, c’est Transports Canada qui déterminera si l’on doit, ou non, appuyer sur la gâchette.

 

30 millions de dollars

Au centre de la décision du conseil municipal, la question monétaire occupe une grande part de l’équation.

Si l’on ne réduit pas rapidement le nombre d’oiseaux au dépotoir à un niveau satisfaisant pour Transports Canada, il n’y aura pas d’autre choix que de déménager le site à l’extérieur des limites de la ville, une éventualité qui coûtera cher à la ville.

Au conseil municipal, le conseiller Kennedy a avancé qu’un transfert du site de gestion des matières résiduelles pourrait coûter jusqu’à « 30 millions de dollars » aux contribuables. En entrevue avec L’Aquilon, il admet cependant que cette estimation lui avait été soufflée par un employé de la ville et ne repose pas sur une évaluation exacte des dépens.

« Ce n’est pas une estimation fiable. Mais que cela coûte 30 ou 5 millions de dollars, ce qui est important de saisir, ici, c’est que ça coûterait très cher », dit-il.

Bien qu’il dise préférer ne pas avoir recours à l’abatage, Kevin Kennedy, estime que cette solution serait un moindre mal, comparé à un transfert complet du site.

La conseillère Shelagh Montgomery a, quant à elle, indiqué que le coût environnemental d’un éventuel transfert de la dump pourrait aussi être salé. « Si on déménage le dépotoir, qu’on bâti un tout nouveau site et qu’on ferme l’ancien, ça risque de causer beaucoup plus de dommage que le meurtre de quelques mouettes », a relevé celle qui, dans le civil, pratique le métier d’experte-conseil en matière de gestion environnemental.

 

Compostage

Puisque ce sont les déchets organiques qui attirent les oiseaux au dépotoir, ne serait-il pas efficace d’offrir un système de compostage public pour réduire à la source ces déchets dont raffolent les goélands?

Certainement, réponds d’emblé Kevin Kennedy. « L’établissement d’un système de compostage est d’ailleurs une des priorités que je m’étais personnellement fixées au moment de mon élection, dit-il. C’est quelque chose qui me tient réellement à cœur. Mais nous faisons face à une situation pressante et il est irréaliste de penser qu’un tel système puisse être établi dans des délais satisfaisants [pour Transport Canada]. » Kennedy estime qu’il faudra probablement attendre encore cinq ou six ans avant qu’un service de collecte des matières organiques soit implanté dans la capitale ténoise.

Plusieurs municipalités canadiennes offrent déjà un service de compostage public à leurs résidents. C’est notamment le cas de Whitehorse, la capitale du Yukon.