Entre le rêve et la réalité : Nunavut

09 avril 1999
0 Commentaire(s)
La création du Nunavut lance un nouveau défi au peuple inuit qui devra se définir une identité politique au sein de la confédération canadienne.

Les Inuit feront-ils le poids?

Ça y est! Les jeux sont faits. Les Inuit ont marqué un moment important de leur histoire lors de l'entrée du Nunavut au sein de la confédération canadienne, le 1er avril. Ils ont choisi d'aller de l'avant et ne pourront revenir en arrière.

L'aboutissement de près de 20 ans de négociations leur accorde des droits sur une portion des terres couvrant le Nunavut et leur donne la possibilité de s'exprimer à l'intérieur d'une Assemblée législative à majorité inuit.

L'initiative qui a mené les Inuit à négocier l'Accord sur les revendications territoriales ainsi que la Loi sur le Nunavut remonte au début des années 1970. Une des raisons qui les a poussé à revendiquer des droits sur leurs terres ainsi qu'une autonomie gouvernementale était l'absence de tout traité clarifiant leurs droits ancestraux.

Mise à part la Proclamation royale de 1763 qui reconnaît aux premières nations la possession entière et paisible des parties des possessions et territoires qui ont été ni concédées ni achetées et ont été réservées pour ces tribus ou quelques-unes d'entre elles comme territoires de chasse, aucun autre texte de loi plus précis n'existait pour définir les droits des Inuit.

C'est finalement le 10 juin 1993 que les deux ententes furent sanctionnées par le parlement canadien.

En signant l'Accord sur les revendications territoriales, les Inuit ont obtenu des droits de propriété sur 353 610 km2 d'un vaste territoire qui en couvre 1 994 000. Sur la portion de territoire de 36 257 km2 qui leur appartient, se cachent des réserves de pétrole, de gaz naturel et de minérais. Les Inuit ont ainsi obtenu leur part du gâteau, sans toutefois avoir été trop gourmands. Ce qu'ils appellent Nunavut «Notre Terre», n'est en fait qu'une petite portion d'un vaste territoire sur lequel le gouvernement fédéral semble vouloir maintenir son autorité.

En effet, en ratifiant leur entente de revendication territoriale, les Inuit ont cédé le reste des terres au gouvernement fédéral et ont renoncé à toutes revendications futures.

Pour Tagak Curley, directeur de la Nunavut Construction Corporation et initiateur du projet Nunavut, «avant 1975, le Nunavut était un terrain de connaissance et les Inuit l'utilisaient à des fins économiques et sociales.

Depuis le début des négociations, le terme est utilisé à des fins politique».

Après le Québec, le Nunavut devient la deuxième entité politique canadienne à être représentée par une majorité non-anglophone. Ainsi, seulement quatre députés sur les 19 élus sont non-inuits. Cette forte représentation inuit à l'Assemblée législative risque d'avoir des conséquences positives dans la mesure où les décisions et les orientations du gouvernement répondront davantage aux besoins spécifiques de la population. Sur le plan constitutionnel, ils auront des pouvoirs comparables à ceux des gouvernements des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon. Ils seront responsable de l'éducation, de la santé et des services sociaux, de la langue et de la culture, et du logement. Autre point important, ils pourront diriger leur propre cour de justice.

Cependant, avec un taux de chômage de 29 %, un taux de suicide six fois plus élevé que la moyenne nationale et une population où une personne sur trois a déjà respiré du solvant, tout reste à faire. Bien qu'on espère que 50 % des postes de la fonction publique soient comblés par des Inuit d'ici la fin de l'an 2001, et que les plus optimistes aimeraient que ce taux atteigne 80 % d'ici l'an 2021, il faut garder en tête que seulement 1 % de la population inuite a terminé sa douzième année et qu'une dizaine d'Inuit seulement détiennent un diplôme universitaire.

Le nombre d'employés de la fonction publique du Nunavut en 1999 devrait s'élever à 1 150. Cinq cents fonctionnaires des Territoires du Nord-Ouest, dont la moitié sont Inuit, occupent déjà des postes dans la région du Nunavut. Pour atteindre l'objectif fixé, il faudra recruter 600 nouveaux emplois. Si l'on additionne l'ensemble des emplois liés au secteur public (médecins, travailleurs sociaux, infirmiers, enseignants, etc.), ce sont alors 3 600 employés qui travailleront directement ou indirectement pour le gouvernement du Nunavut. La population inuit n'ayant pas les compétences requises pour combler les postes dans l'immédiat, du recrutement sera fait à l'échelle nationale.

Subventionné à 95 % par Ottawa, le Nunavut recevra environ 650 millions annuellement. Aussi, le nouveau territoire bénéficiera d'une indemnisation de 1 148 000 000 $ échellonnée sur 14 ans afin de mettre sur pied de nouvelles entreprises, offrir des bourses d'études et donner un revenu aux chasseurs.

Déchirés entre un mode de vie traditionnel et les valeurs du monde nord-américain, les Inuit sont en contact avec la culture contemporaine depuis à peine 50 ans. Ce que les occidentaux ont appris en 1000 ans d'histoire, ils ont dû, eux, l'assimiler en un demi-siècle. Ainsi, de nombreux défis attendent les Inuit du Nunavut, dont celui de bâtir une société qui saura allier leurs valeurs traditionnelles aux réalités du monde contemporain.