Courrier du lecteur : Nous contons-nous des histoires?

08 octobre 2015
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L’ambitieuse initiative #NousComptons essaie de faire part dans la campagne électorale en cours d’importants enjeux pour les francophones à travers le Canada. Les associations porte-parole de la francophonie « hors Québec » ont ainsi pu susciter suffisamment de participation sur les médias sociaux pour que les principaux commentateurs politiques les remarquent poliment après toutes les années d’importantes carences dans les débats anglos, francos ou « bilingue ». Certains francophones risquent même de se sentir moins isolés politiquement…
 
Il reste que, dans le système électoral actuel de clientélisme et de politique de division dirigé par les sondeurs, le poids des francophones « hors Québec » compte tellement peu qu’un parti politique qui dirait autrement que des banalités au sujet de cet aspect important du pays paierait au scrutin en effrayant la masse des électeurs courtisés dans les différentes majorités linguistiques canadiennes. Situation tout aussi désolante pour les médias qui courtisent similairement leurs lecteurs, auditeurs et internautes. Donc il ne faut pas se surprendre qu’aucun des partis politiques ne soit prêt à promettre en campagne un audit financier indépendant du milliard quinquennal alloué au plan d’action des langues officielles, la pierre angulaire de la minorité francophone au Canada. Un parti promet l’indexation du financement aux organismes alors que l’autre promet un tout nouveau plan d’action. Les montants alloués aux organismes ne représentent pourtant que des miettes dans le milliard que plusieurs observateurs ont qualifié de « mendicité publique ». Où donc va le reste?
 
Rappelons-nous ici que le Parti libéral utilisait dans le passé une bonne partie de ce financement pour récompenser ses petits amis, alors que le Parti conservateur a perfectionné la pratique de la partisanerie divisive au service de la piastre, tout en décimant l’institution, similairement à leurs agissements au Sénat, au diffuseur public, au CRTC, etc. Ce qui est le plus navrant est que la francophonie associative n’a jamais réclamé auprès des partis politiques un tel audit financier. Ni la base à peu près complètement démobilisée sans le soutien requis. Peut-on alors se demander dans le fonds s’ils nous content des histoires de clientélisme obtus et ne désirent vraiment pas « compter »? Espérons que nos médias canadiens prendront véritablement des notes cette fois-ci et nous compteront autrement…

Réjean Beaulieu, Vancouver