Pauvreté : Nourrir les communautés

20 septembre 2012
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La Soupe populaire de Hay River existe depuis 1996 et sert entre 50 et 60 familles par mois. (Photo : Virginie Bouchard)

La Soupe populaire de Hay River existe depuis 1996 et sert entre 50 et 60 familles par mois. (Photo : Virginie Bouchard)

Récemment, la banque alimentaire d’Inuvik a été victime de vandalisme. Une perte importante pour les responsables et surtout les familles qui profitent de ce service. Un soutien de plus en plus nécessaire alors que le Nord fait face au phénomène des travailleurs pauvres.

 

Habiter dans le Nord, c’est devoir s’attendre à payer tout plus cher qu’ailleurs. Que ce soit pour les vêtements, le logement ou l’alimentation, les coûts sont beaucoup plus élevés que dans le reste du Canada, notamment en raison de l’éloignement. Si certains travailleurs n’hésitent pas à prendre la direction Nord-Ouest pour accumuler un maximum d’argent, ce n’est pas le cas pour tous. Plusieurs arrivent à peine à joindre les deux bouts à la fin du mois, après avoir payé le loyer, le chauffage et l’essence.
Heureusement dans certaines communautés des Territoires du Nord-Ouest, il existe des banques alimentaires pour venir en aide aux familles démunies ou à faible revenu. Ces organismes sont sans but lucratif et recueillent les dons des particuliers et des entreprises. Souvent ces banques doivent elles aussi faire face à leur trop grande popularité en raison des besoins grandissants.

Désespoir
Alors que les banques alimentaires ou les soupes populaires, comme celle de Hay River, font pieds et mains pour nourrir les estomacs qui crient famine la plupart du temps, elles ne sont pas à l’abri des malfaiteurs. Ces organismes ne se le cachent pas, le vol et l’entrée par effraction sont chose commune.
Le 9 septembre dernier, la banque alimentaire d’Inuvik a été victime d’une attaque sans précédent. La porte de l’établissement a été forcée, les tablettes vidées de leur contenu, une table renversée et de la nourriture étalée partout.
« C’était le pire incident que nous avions connu. Jamais nous n’avons fait face à une situation de ce genre. Quand je suis entrée, j'étais sans mots, tout était détruit. On pouvait sentir la colère de la personne qui avait fait cela. Je suis encore sous le choc », raconte Zoila Castello, coordonnatrice de la banque alimentaire.
Une telle violence ne s’était jamais vue depuis l’ouverture de l’organisme. De plus, au cours de la même semaine des gestes de vandalisme avaient été décelés dans la communauté.
Laura Rose, responsable de la Soupe populaire à Hay River, n’est toutefois pas surprise d’une telle situation : « Le prix des aliments est de plus en plus élevé. Les gens sont désespérés d’obtenir de la nourriture ».

En ce sens, Mme Castello admet qu’elle peut accepter jusqu’à un certain point que quelqu’un vole de la nourriture pour survivre.
« Ce n’est pas la meilleure chose à faire, mais je peux comprendre cela plus que quelqu’un qui entre pour détruire. Cela fait quelques semaines de cela et je suis encore perplexe. Je ne sais pas comment quelqu’un peut faire cela » se désole-t-elle.

 

Demandes croissantes
La demande de soutien alimentaire est de plus en plus importante dans les TNO. On assiste également au phénomène des travailleurs pauvres (working poor) qui ont un emploi, mais n'arrivent pas à joindre les deux bouts. La responsable de la soupe populaire de Hay River, Laura Rose admet aider entre 50 et 60 familles de Hay River et de la réserve K’atl’odeeche. Pour elle, la situation des travailleurs pauvres est grave.
« Lorsque tu vois ce genre de situation, tu sais que les choses sont de plus en plus difficiles. Pour avoir un toit sur la tête, ces personnes doivent piger dans le budget alimentaire », dit-elle.
L’organisme de Hay River sert trois repas par semaine, en plus de tenir une petite banque d’aliments, avec des coûts de 3000 dollars d’opération par mois.

À Inuvik, Zoila Castello soutient aider le cinquième de la communauté avec la banque alimentaire et son budget d’un peu moins de 5000 dollars par mois.
« Nous ne sommes pas ici pour donner de la nourriture pour une semaine entière à une famille. Nous sommes en complémentarité. J’ai entendu plusieurs histoires de gens qui souffrent de ne pas avoir de banque alimentaire dans leur communauté », avoue-t-elle.

À la suite de l’entrée par effraction, les habitants d’Inuvik se sont rassemblés pour supporter l’organisme. Une quinzaine de personnes sont venues nettoyer et ranger ce qu’il restait de nourriture dans l’établissement. Aussi, l’entreprise Danmax communication de Yellowknife a donné des caméras de surveillance et a fourni un technicien pour les installer.
La banque alimentaire d’Inuvik espère ouvrir ses portes d’ici octobre, le temps de sécuriser l’emplacement et de recevoir la nouvelle commande de nourriture qui avait dû être annulée en raison de l’entrée par effraction.