Le médiateur va être nommé par le ministre du travail d'ici à la semaine
prochaine et devra intervenir entre la compagnie aérienne et le Syndicat
des travailleuses et travailleurs canadiens de l'automobile (STTA) qui
représente les 400 employés occupant des postes à la billetterie et les
manutentionnaires. Les deux parties sont en négociation depuis septembre
dernier afin de ratifier leur première convention collective. « Le moral
des troupes est bas », s'est exclamé le représentant syndical Troy Broman.
Depuis la fusion avec la défunte compagnie NWT Air, dont les employés
étaient syndiqués, des démarches ont été entreprises et les employés se
sont joints, en février 1999 au STTA. « First Air n'avait pas de syndicat
avant la fusion », a précisé M. Broman.
La première offre patronale a déçu plusieurs employés. « Personne n'est
satisfait de la première offre. Le salaire de base des employés travaillant
dans les aires d'opération (aire de chargement et d'entretien des avions et
cargos) est gelé depuis mai 1998 à 8,78 $/ heure », a expliqué M. Broman.
L'offre initiale des patrons consistait à augmenter le salaire initial de
22 ¢, soit 9 $ de l'heure. Le syndicat demandait pour sa part que le
salaire horaire minimum passe de 8,78 $ à 9,52$, ce qui correspond à une
augmentation de 74 ¢.
« Les négociations ont débuté en septembre et nous avons progressé, mais
les questions monétaires ne sont pas réglées. Tout le monde se demande ce
qui se passe. L'offre patronale n'est pas une offre. C'est une claque en
plein visage, une insulte. Les gars ont attendu deux ans pour finalement
recevoir 22 ¢ d'augmentation ! », s'est exclamé le représentant syndical.
« La compagnie a gelé les salaires en mai 1998, en affirmant que les
employés allaient recevoir un salaire rétroactif et que l'argent pour
assumer ces frais était mis de côté. Maintenant, c'est le temps de payer et
First Air annonce qu'il n'y a pas d'argent dans la caisse », a jouté M.
Broman.
Au sein de la compagnie, les réactions diffèrent. « Il nous reste 100 jours
pour en arriver à une entente avec le syndicat. Nous avons réglé plusieurs
aspects de la convention collective, mais des différends subsistent par
rapport à l'échelle salariale », a souligné le vice-président à la
commercialisation et aux ventes chez First Air, Jim Ballingall. « Jusqu'à
présent, nous sommes très satisfaits du déroulement des négociations »,
a-t-il ajouté.
Interrogé au sujet du mécontentement des employés, M. Ballingall a souligné
: « Quelqu'un au syndicat essaie de mettre de la pression. »
L'échelle de salaire proposée pour une période de sept ans, lors du dépôt
de la première offre patronale, établissait le salaire horaire de base à
neuf dollars de l'heure pour un maximum de 11,50 $ après la septième année
de service auprès de First Air. « 2,50 $ d'augmentation salariale répartie
sur une période de sept ans, c'est tout simplement inacceptable », a
soutenu le représentant syndical.
« Si la marchandise n'est pas disposée correctement à bord de l'appareil,
un virage trop brusque de ce dernier peut provoquer la chute de la
cargaison. Un incident comme celui-là peut provoquer l'écrasement de
l'avion. Nous avons la sécurité et la vie des passagers entre nos mains.
Cela mérite plus que le salaire de base actuel de 8,78 $ de l'heure »,
s'est exclamé un employé qui désire conserver l'anonymat.
Le salaire annuel des employés de la compagnie correspond à 24 000 $ avec
l'allocation pour la vie dans le Nord. Les employés ont un plan d'assurance
dentaire et médical qui semble satisfaisant, ainsi que des tarifs
avantageux sur le prix des vols. « C'est agréable d'avoir ces bénéfices,
mais si les employés ont des bénéfices sans avoir l'argent pour en
profiter, on n'atteint pas l'objectif souhaité », a affirmé M. Broman.
« Nous sommes la deuxième compagnie aérienne d'importance au Canada et
First Air a beaucoup de potentiel d'expansion. Nous voulons seulement des
conditions de travail décentes. Actuellement, une personne célibataire peut
à peine vivre avec un tel salaire, alors pour une personne qui souhaite
élever une famille, c'est impossible », a rétorqué le représentant
syndical.
« Depuis novembre 1999, il nous manque environ 8 travailleurs. La charge de
travail demeure inchangée, mais la force de travail a diminué. Auparavant,
les équipes étaient formées de quatre personnes, elles ne comptent plus que
trois membres à l'heure actuelle. Sept employés ont quitté la compagnie
durant les deux derniers mois, dont un qui comptait 10 ans d'expérience, et
un autre qui en comptait 9. C'est 20 ans d'expérience que nous perdons avec
le départ de ces deux employés », a déploré M. Broman.
« Si nous n'obtenons pas de meilleures conditions de travail, je quitte la
compagnie et je ne serai pas le seul à le faire », a révélé un employé.
Voici l'échelle salariale proposée par le syndicat pour contrer le taux de
roulement élevé du personnel : 9,52 $/heure pour salaire de base et la
possibilité de gagner un peu plus de 13 $/heure après quelques années de
service. « Notre demande vise à garder les employés dans la compagnie pour
plus d'une année ou deux. Nous voulons des employés d'expérience qui vont
demeurer au sein de la compagnie un bon moment. Nous ne voulons pas
continuellement embaucher du personnel, le former et le voir nous quitter
après un an ou deux pour aller vers de meilleurs emplois, mieux payés », a
exposé le représentant syndical. « Tu as un travail à temps plein, tu
devrais pourvoir maintenir un niveau de vie adéquat », a-t-il ajouté.
D'ailleurs, il semblerait que la situation financière de First Air soit
satisfaisante. « Nous avons eu une bonne année 1999, a dévoilé le
vice-président Ballingall, sans toutefois révéler le montant exact. La
compagnie dessert 26 communautés au Nord, emploie 1100 employés, possède
une flotte de 28 avions et offre 220 vols chaque semaine. « C'est la plus
grosse compagnie du secteur privé dans la région. L'an dernier, First Air a
engendré des retombées économiques de l'ordre de 40 millions de dollars
dans l'économie du Nord canadien, a indiqué le vice-président.
Les employés de First Air sont représentés par trois syndicats, outre le
STTA. Un d'entre eux, le FAPA, regroupe les pilotes qui possèdent leur
convention collective. Le GAFE représente les travailleurs chargés de
l'entretien qui n'ont pas encore signé une entente avec le patronat.
Finalement, il y a le CUPE, auquel sont affiliés les agents de bord. Ces
derniers n'ont pas de convention collective pour le moment.
« Ça va être une bataille, mais les membres nous appuient et nous sommes
prêts à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour obtenir de meilleures
conditions salariales », a souligné Troy Broman. « J'espère vraiment que
nous allons résoudre nos différends sans devoir aller en grève », a ajouté
le représentant syndical.
« Nous voulons que la compagnie entre dans l'an 2000 comme tout le monde.
Si nous devons aller en grève, nous le ferons », a affirmé le représentant
syndical. « Cela ne devrait être qu'une formalité, puisque nous avons
l'appui de nos membres de partout que ce soit à Edmonton, Montréal,
Cambridge Bay, Iqaluit ou Winnipeg », a conclu le représentant.