Campagne d’information sur le VIH et l’hépatite C à la prison de Yellowknife : Ne pas faire l’autruche

20 décembre 2002
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Les prisonniers reconnaissent que le VIH et l’hépatite C rôdent dans les cellules des institutions carcérales.

Le comité de consultation des prisonniers du centre correctionnel de Yellowknife a lancé, au mois d’août dernier, une campagne d’information pour les détenus sur les risques de transmission du VIH et de l’hépatite C lors de relation sexuelle non protégée ou d’échange de seringues. Tous les prisonniers ont été invités à créer un logo pour illustrer la campagne. Les artistes les plus talentueux ont été récompensés lors d’une conférence organisée dans les murs de la prison le 17 décembre dernier.

L’un des récipiendaires, Robert Gruden Jr, a tout du prisonnier stéréotypé, avec ses gros muscles et ses bras recouverts de tatouages. C’est pourtant celui qui, timide, a lu un poème sur les impacts de la transmission du VIH qui, selon le rapport d’étape 2002 du Réseau juridique VIH-SIDA, est à la hausse depuis quatre ans dans les institutions carcérales fédérales. Selon le document, la proportion de personnes vivant avec le VIH en prison est de 6 à 70 fois plus élevée que dans l’ensemble de la population.

« Le VIH et le SIDA jouent un rôle chez l’humain. Des symptômes d’infection qui touchent toute la population, à travers l’échange d’une seringue. », a lu Robert Gruden Jr. Ses co-détenus l’ont applaudi, dont l’auteur de la proposition de la campagne, qui n’a pas voulu que son nom soit révélé. « Donner de l’information est une bonne façon de faire passer le message », a-t-il indiqué, révélant également qu’il ne connaît pas l’ampleur du problème à la prison de Yellowknife. « Je n’ai jamais entendu parler de relations sexuelles ici, mais je sais que les gens n’aiment pas parler de ça. »

Un tabou tenace autant à l’intérieur des murs qu’à l’extérieur, selon le sous-directeur des opérations correctionnelles, John Nahanni. « C’est un problème qui touche toute la population et ce n’est pas tellement discuté présentement. » Questionné sur la position du premier ministre du Nunavut, Paul Okalik, qui, il y a quelques semaines, a mentionné qu’à son avis, il n’y avait ni relations sexuelles ni échange de seringues dans les prisons du territoire, John Nahanni a répondu que l’approche des T.N.-O. est proactive. « Les gens qui viennent en prison sont à haut risque. »

Une population à risque, certes, mais qui ne le devient pas nécessairement en prison. Pour l’infirmière surveillante Cheryl Inward-Jones, la population carcérale est à risque car son comportement à l’extérieur des murs l’est aussi. « Je ne crois pas que la prison soit le lieu où ils attrapent les virus, mais ce qui les a emmenés en prison est susceptible de leur avoir fait également attraper la maladie. » L’infirmière estime que les autorités carcérales ne peuvent pas fermer les yeux sur la réalité, mais qu’il y a encore du chemin à faire avant que le fléau ne prennent des proportions encore plus vertigineuses. « Nous faisons ce que Service correctionnel Canada nous demande de faire », indique-t-elle, pour justifier leur ligne directrice. Il n’y a pas de programme de distribution de seringues propres, mais, selon l’infirmière, ce genre de programme n’existe pas encore au Canada. Par contre, ce que les autorités de Yellow-knife ont mis sur pied, c’est le dépistage systématique de tous les nouveaux détenus. « La majorité des détenus acceptent de faire le test », révèle Cheryl Inward-Jones, qui mentionne que le taux de transmission du VIH et de l’hépatite C est présentement peu élevé au centre correctionnel. « Nous voulons que les prisonniers soient diagnostiqués le plus tôt possible pour qu’ils puissent changer leurs habitudes de vie, de telle sorte qu’ils puissent vivre une plus longue vie. »

La campagne d’information, qui a été financée par l’Équipe de support et de financement, un comité qui assure la prestation du financement de Santé Canada pour des projets de sensibilisation et d’information sur le VIH et l’hépatite C, permettra l’achat de matériels d’information. Le logo gagnant sera imprimé sur des t-shirts, qui seront distribués à travers une trousse comprenant des condoms, des brochures et des signets. Le coût de la campagne s’élève à 10 000 dollars.