Chronique sur la francophonie : N’oubliez personne!

19 novembre 2015
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La parole française peut s’agiter dans le tumulte d’un centre-ville, planer dans le ciel immense des prairies, rebondir en écho dans les Rocheuses ou descendre un fleuve pour s’étouffer dans des embruns d’océan. La voix qui la porte est jeune ou âgée, celle d’un homme ou d’une femme qui retrouve les siens en fin de journée, ou qui rentre seul chez soi.
Voilà une façon d’écrire. Il est toujours plaisant d’évoquer la démesure de notre continent en parlant des Francophones qui l’habitent.
En voici une autre, plus sérieuse.
Le Canada compte environ sept millions de citoyens d’expression française, répartis en un certain nombre de tranches d’âge, qui vivent seuls, en groupe ou en famille entre trois océans, dans l’Ouest, dans les territoires, dans le Canada central et dans l’Est.
Les styles diffèrent, mais au fond, ils disent la même chose.
Vous me voyez peut-être venir, je me suis inspiré du recensement de 2011 pour rédiger ces deux paragraphes avares en informations. Pourtant, j’ai pressé le citron. Le problème, c’est que le grand sondage national n’en disait pas beaucoup. On n’y comptait qu’une dizaine de questions sur l’âge, le sexe, le lieu de résidence et l’état civil. On y oubliait tout ce qui fait du citoyen ce qu’il est : son origine ethnique, son niveau d’étude, sa situation socioéconomique et familiale etc.
C’est le maigre résultat de la simplification du questionnaire imposée par le gouvernement précédent; une image qui brouille les détails. Il n’est guère possible alors de différencier les communautés les unes des autres pour concevoir programmes et politiques spécifiques et adaptés à leurs besoins. C’était le style Harper.
Se contenter de si peu pour définir le citoyen n’est possible que dans une société où nous serions tous pareils, ce qui n’est absolument pas le cas ici.
On parle maintenant français dans ce pays avec toutes les nuances de la planète, emmenées sur ce continent par ceux et celles qui ont grandi là où la France a mis le pied. Cet éventail de cultures et d’origines orne un portrait socioculturel trop complexe pour être saisi à travers une image aux contours mal définis.
À cela s’ajoutent les différences socioéconomiques. Les régions francophones au pays ne vibrent pas toutes au diapason de l’idéal d’égalité de notre démocratie. La Péninsule acadienne, par exemple, figure souvent en tête de liste au chapitre du chômage. En Ontario, on constatait dans les années 90 que l’analphabétisme était un problème chez les Franco-Ontariens, les femmes en particulier. Toujours en Ontario, la communauté francophone devient de plus en plus pluraliste. Une discussion à ce sujet était d’ailleurs au programme d’un colloque sur le public francophone à l’Université d’Ottawa. Et que dire des minorités dispersées comme le sont les Fransaskois?
Le questionnaire détaillé, que les Conservateurs ont aboli, portait sur le travail, la formation et les diplômes, les revenus, le temps passé à s’occuper des enfants ou d’un proche malade, autant d’éléments ignorés, pourtant indispensables pour tisser un filet social adéquat.
Il y a des régions au pays où les francophones ont des besoins particuliers liés à tous ces détails et éléments qu’un recensement superficiel ne peut révéler.
Cela va de soi que les initiatives gouvernementales destinées aux minorités doivent tenir compte de besoins précis. Pour ce faire, le portrait fidèle des communautés francophones est indispensable.
Ne pas savoir s’il y a du chômage ou de l’emploi, de la richesse ou de la pauvreté empêche d’intervenir efficacement. Quant à la dimension linguistique, elle est incontournable.
C’est bel et bien d’épanouissement et de développement dont il est question ici. Or, ces deux mots sont écrits en toutes lettres dans la Loi sur les langues officielles.
Au style Harper succède le style Trudeau. Ils sont différents. Le défi des libéraux? Prouver avec le temps que les politiques le seront tout autant.