Folk on the Rocks 2014 : Mousse noire, mouches noires et moucher noir

25 juillet 2014
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« On en aura tu eu, du gros fun dru? » - Quebec Redneck Bluegrass Project
 

On l’attend à chaque année. Le festival Folk on the Rocks est pour beaucoup d’entre nous, Ténois, le plus gros party des 365 jours à l’horizon. Cette année, pas pris de chance, j’ai commencé la noce dès le jeudi soir.
Ce qui devait être une simple mission hot-dogs à l’épicerie, a pris une tangente dérapeuse quand je suis tombé par hasard sur ma voisine, en face du Noodle House, tenant compagnie à un groupe d’étrangers trop couettés et aux culottes trop patchées pour occuper une profession libérale, même à Yellowknife. Pour peu que je me souvienne, quelques heures plus tard, je faisais du canot-limbo en dessous d’un hydravion en compagnie de ladite voisine et deux musiciens du Quebec Redneck Bluegrass Project, qui nous abreuvaient allègrement d’un breuvage noir malté d’importation irlandaise, sous prétexte que ça éloigne les mouches.
Ça allait être une fin de semaine pas reposante.


Harlan Pepper : fils à papa
L’impression de départ fut confirmée le vendredi, lors de la soirée Warm the Rocks au centre-ville, soirée que je consacrai à me brasser les frisettes sur le plancher de danse en goûtant plus avant la sélection de boissons céréalières. Découverte du jour : Harlan Pepper. Ce quatuor d’Hamilton en Ontario m’a inspiré quelques pas de twist quand il a fait rugir son rock psychédélique sur la scène éternellement mal sonorisée du Top Knight.
Du bon gros rock Seventies sans compromis joué par des ti-culs de la génération Facebook? La compagnie aérienne avait-elle égaré la valise contenant leurs synthés ou étais-je simplement victime d’un délire éthylique? Je me mis en tête d’élucider le mystère.
Après les avoir savamment mis dans ma poche — ils boivent volontiers le whisky — j’ai obtenu d’eux ces confidences : « On a été nourri par cette musique, m’explique Jimmy, celui qui a la plus baby face des quatre. Ce sont nos pères qui écoutaient ça à la maison et nous on adore. »
À l’unisson, ils identifient la formation The Band comme étant leur plus grande influence. Ça paraît.
Ils ne sont pas que mignons, ils sont d’une honnêteté désarmante, ces petits fils à papa avec leurs belles vieilleries d’aujourd’hui. Leur premier long-jeu, lancé en 2011, s’intitule même Young and Old. C’est dire.

Peur et dégoût dans l’enclos à buveurs
Samedi (et dimanche), j’arrive un peu trop tard sur le site du lac Long. Parce que ça ferme toujours trop tôt ces affaires-là, je me précipite vers la scène du Beer Garden pour pratiquer le jardinage brassicole.
Alors qu’à l’extérieur de l’enclos à buveurs mes quelque tentatives de micro-trottoir avaient toutes été repoussées par des « sorry, no comment » agacés, les festivaliers de la section 19 ans et plus ont, eux, le commentaire passablement moins achalé. Deux gaillards qui font la file devant moi ne se font pas prier pour me détailler leur plan pour la fin de semaine : « On va boire! ». Réponse qu’ils ponctuent d’une accolade virile et de grognements primaux.
La musique ne semblant pas faire partie de leurs préoccupations, je leur demande ce qu’ils pensent du prix des consommations qui se détaillent à six dollars l’unité cette année (une aubaine quand on pense à ce kiosque de l’allée des restos qui propose un sac de Doritos à huit piastres). « Ah, ça ne me dérange pas, affirme le plus costaud tout à coup très sérieux. Folk on the Rocks, c’est un événement communautaire. En buvant ma bière ici, je contribue à l’essor de ma communauté, à son développement. »
Pour citer les Quebec Redneck : « En veux-tu des raisons de te péter la face? »
Au péril de mes sinus, je m’approche de la scène pour respirer le sable et la fumée d’incendies et, accessoirement, attraper la performance de la formation pop-rock Yukon Blonde, qui en fait vient de la Colombie-Britannique. Derrière leurs chemises de chasse et leurs lunettes fumées fluo, les gars s’en donnent visiblement à cœur joie. La foule enthousiaste balance. En plein centre du mosh-pit à trop de particules par millions, une fille filme le show avec son iPad. Je l’observe en repensant à la demi-douzaine de caméras et enregistreuses que j’ai bousillées à cet endroit précis au fil des ans. La morve noire qui sort de mon nez le lendemain matin me réconforte dans mon idée que j’ai bien fait d’emballer mes appareils dans des sacs individuels.
De tous les artistes qui s’exécuteront sur cette scène au cours du week-end, c’est un groupe de chez nous qui livre la performance la plus entrainante. The Commited a littéralement volé le show, dimanche. La formation soul avec ses beaux habits beaucoup trop chauds pour la saison avait, cette fois-ci, une petite touche rock’n’roll tout à fait irrésistible. À ma table, tous s’entendaient pour dire que le ministre de la Santé et des Services sociaux des TNO, Glen Abernethy, qui est le bassiste de la formation, est sans aucun doute le politicien le plus cool de la galaxie.
« C’est pas mal le fun. Je ne savais pas que c’était le ministre », s’étonne Carole. Gilles renchérit : « J’ai toujours adoré les Commited. C’est le seul band qui a une section de cuivres, ici. Et notre ministre de la Santé à la basse! Pas pire. Il a un bon pedigree. »
« Glen, c’est le meilleur », affirme pour sa part Matthew qui fait la file au stand à burger avec le principal intéressé. J’en profite pour interroger ce dernier sur le nouveau son rock des Commited.
Monsieur le ministre, avant de faire de la politique, vous avez déjà joué dans un groupe de punk-rock appelé Small Narrow Valley. Est-ce que les Commited deviennent plus punks en vieillissant? Il me répond en politicien : « Oh, non, nous sommes toujours une formation soul. Nous sommes dédiés à cette musique. C’est simplement qu’aujourd’hui on a joué un peu plus fort. »

Scandales et bonne humeur
Samedi, je quitte le Beer Garden avant le dernier service, question d’entendre la performance des Quebec Redneck Bluegrass Project sur la scène principale.
Le sextet punklorique formé en Chine en 2007, a donné une prestation très énergique, avec quelques chorégraphies à la clef. Le type en salopettes planté à côté des caisses de son qui chantait chacune des paroles avec une demi-mesure de retard était visiblement conquis. On ne peut malheureusement pas en dire autant de l’ensemble du public tranquille d’après-midi qui, bien que rompu à la rythmique agricole de l’ensemble à cordes, ne s’attendait pas à ce qui allait suivre.
Quand le chanteur du groupe, JP « le Pad » Tremblay a entonné la chanson Rolling to Burma/Ça roule ma poule dont les paroles, rédigées dans la langue d’Hank Williams, insistent longuement sur la pratique d’un coït avec un gallinacé, le bruit du froncement des sourcils se mariait allègrement avec la ligne de contre-basse de Frank. Incidemment, la pièce se retrouve sur le plus récent effort des Rednecks, le judicieusement intitulé Scandales et Bonne humeur.
Le répertoire du groupe était décidément mieux adapté à la scène du Beer Garden. En me promenant sur le site, je tombe sur une quantité étonnante de francophones jamais rencontrés avant qui attendaient ce moment avec impatience. Parmi ceux-là, mention spéciale à Molly et Ariane qui faisaient du hula-hop près des kiosques d’artisanat quand je les ai croisées. De toute évidence, elles n’avaient pas l’âge pour assister à ce concert.
« On va regarder du côté, sur le bord de la clôture », annonce Molly. Je repars empli de confiance envers notre jeunesse, son esprit d’initiative et sont vif intérêt pour la culture francophone.
Or, ce concert tant attendu, il aura eu l’heur de frustrer quelques festivaliers. Non pas que les gars aient donné une mauvaise performance – au contraire, c’était l’un des groupes qui a le plus attiré de gens sur la piste de danse – mais plutôt qu’elle a été trop courte. Après tout juste cinq chansons, la maîtresse de cérémonie venait les interrompre, soi-disant parce qu’on était en retard sur la programmation. La foule qui avait envie de giguer chicanait et demandait une autre chanson, qu’on ne lui a finalement pas accordée.
C’est la formation chouchou des Ténois Reuben and the Dark, dont un membre est originaire de Yellowknife, qui a fermé l’enclos à buveurs. Les alt-rockers éthérés ont pu jouer un set complet, sans être inquiétés.
Valérie, une festivalière, était amère. « Très décevant, lance-t-elle sous les regards approbateurs de ses amis. Pour une fois qu’on avait trouvé le bon stage, là. On est déçus. Les groupes anglais, ils font des rappels. »
« J’ai retenu le nom de aucun band », ajoute son copain.
Mais quand on leur demande s’ils reviendront l’an prochain, tous disent oui.
« C’est toujours le fun Folk on the Rocks, explique Valérie. Il y a du beau monde, une belle énergie. Il a fait beau… » Que demander de plus?