Des visiteurs pas comme les autres : Migration des ours polaires à Arviat

09 janvier 1998
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À chaque année quand la glace se met à se former, une petite population d'ours polaires vivant autour de la baie James, dans le Nord de l'Ontario et du Manitoba, quitte son habitat estival et remonte la côte ouest de la Baie d'Hudson. Chemin faisant, les ours visitent les communautés qu'ils rencontrent sur leur passage. Joe Savikataaq est agent du Ministère des ressources renouvelables à Arviat. Quand un ours s'aventure en ville, c'est lui qui va à sa rencontre. "Je vais à sa rencontre en camion, si l'ours se trouve à proximité d'un chemin. Sinon il faut s'approcher en véhicule tout terrain ou encore en motoneige", explique Jos Savikataaq. Pour faire décamper le visiteur indésirable, Jos utilise un fusil de 38mm qui tire des balles de caoutchouc. Comme il ne s'agit pas là d'une arme de haute précision, il doit tout de même s'approcher à une quinzaine de mètres de l'animal pour ne pas manquer sa cible. Rendu là, pas question de manquer son coup ! C'est la douleur causée par l'impact de la balle qui va convaincre l'ours de faire demi-tour. "On n'a pas à déplorer d'incidents impliquant des humains, poursuit Jos. Par ici, les gens gardent l'il ouvert au cas où surgirait un ours. Pendant un blizzard, il y a deux ans, une équipe de 9 chiens de traîneau qui étaient attachés à leur chaîne se sont faits dévorer par un ours polaire aux limites de la ville." Bill Eubank est constable au détachement de la Gendarmerie Royale du Canada à Arviat. "En deux ans de service ici à Arviat, je n'ai vu aucun problème avec les ours, explique le constable Eubank. Il leur arrive de fréquenter le dépotoir municipal; sinon ils circulent aux limites de la ville. On peut les voir se promener près du rivage jusqu'à une distance d'environ 25 mètres des maisons. Si il y en a qui entrent en ville, les gars des ressources renouvelables s'en occupent !" Arviat est situé sur une pointe qui s'avance dans la baie d'Hudson. En principe, les ours doivent traverser la ville pour se rendre plus au Nord. "Ça dépend de la température, précise Jos. Si l'automne a été froid et qu'il y a beaucoup de glaces près du rivage, les ours entrent moins en ville. Mais si le temps a été doux comme cette année, les ours arrivent plus tard et doivent passer beaucoup plus près." En fait les ours s'en vont à la chasse. Ils vont remonter jusqu'à Chesterfield Inlet, traversant Rankin Inlet au passage. Rendus dans ces parages, ils vont s'aventurer de plus en plus loin sur la glace à la recherche des trous de respiration des phoques. Tout comme les chasseurs inuit, ils vont attendre patiemment que le mammifère marin se présente le museau à l'air libre pour l'agripper et le sortir hors de l'eau. Du premier novembre au 30 mai, la saison de chasse à l'ours polaire est ouverte à Arviat. "C'est seulement pendant une période de 4 à 6 semaines que nous avons des ours polaires en ville, ajoute Jos, après ça, il n'y en a plus." Pour avoir droit de tuer un ours, les chasseur doivent gagner, par tirage au sort, un des 20 coupons disponibles à chaque année. C'est le Ministère des ressources renouvelables qui remet ces coupons à l'Association locale des chasseurs et trappeurs. Pour la première fois cette année, Arviat réserve un de ces coupons à la chasse sportive à titre d'expérience. La chasse à l'ours polaire attire une clientèle très sophistiquée dans les communautés du Nord. Une fois le coupon acheté de l'Association des chasseurs et trappeurs, il faut encore défrayer les coûts du transport, de l'hébergement et du pourvoyeur... sans parler de ce que ça coûtera pour monter la peau en descente de lit! En incluant la commission de l'agence de voyage, l'aventure coûtera facilement $25000. Tant mieux si l'ours est au rendez-vous! Sinon, comme le font les ours à chaque année, il faudra revenir à Arviat !