Une ruée vers l'or noir ? : Mer de Beaufort et delta du Mackenzie

06 février 1998
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Le Canada lance un appel à toutes les personnes intéressées à exploiter les ressources du Nord. Ainsi, 383 000 milles carrés sont disponibles pour prospection.

Dès le 2 février, le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien invite l'industrie à choisir des parcelles à des fins de prospection sur une superficie de quelque 100 millions d'hectares (385 000 milles carrés) dans le delta du Mackenzie, la mer de Beaufort et l'ouest de l'archipel arctique. Cette demande de désignations débute le lundi 2 février et se termine le jeudi 9 avril 1998. Les parcelles désignées seront incluses dans un appel d'offres dont la date de clôture est prévue pour août 1998.

C'est la dixième année consécutive qu'il est possible de désigner des terres dans cette région. Les derniers permis de prospection délivrés dans cette région ont été accordés aux sociétés Husky et Gulf ; ils portaient sur deux parcelles du delta du Mackenzie. Le cycle annuel des désignations répond aux attentes des collectivités et de l'industrie, qui souhaitent un contexte de planification prévisible, permettant l'élaboration de stratégies d'acquisition de terres et de prospection, et d'autres stratégies commerciales.

Potentiel de prospection des terres offertes

La demande de désignations couvre deux bassins sédimentaires très prometteurs, où des découvertes ont déjà été effectuées. Le bassin Beaufort-Mackenzie, sous le delta du Mackenzie, et la zone extracôtière adjacente constituent le secteur le plus important, tant en raison des ressources découvertes que de son potentiel. Vient ensuite le bassin Sverdrup, dans l'archipel arctique, dont la partie occidentale se trouve dans la région touchée par la Convention des Inuvialuit, visée elle aussi par la demande de désignations. Le territoire offert englobe en outre de vastes portions peu explorées de la marge continentale; à l'ouest du delta du Mackenzie, qui s'étendent jusqu'à la frontière américaine (Alaska), et à l'est, jusqu'à la masse continentale jouxtant l'archipel arctique canadien. Plusieurs bassins et sous-bassins sédimentaires peu prospectés ou non forés se trouvent sous cette marge et on pourrait en découvrir d'autres.

Il y a eu 53 découvertes dans le bassin Beaufort-Mackenzie, ce qui est excellent, notamment deux gisements pétrolifères, trois gisements gazifères et un gisement mixte, tous importants. En 1994, l'évaluation des ressources effectuée par la Commission géologique du Canada (CGC) a révélé qu'il y a de bonnes chances que le nombre de découvertes de cet ordre de grandeur double, aussi bien dans les zones de prospection terrestres que marines.

Un gisement pétrolifère important renferme de 100 à 500 millions de barils ou de 15 à 80 millions de mètres cubes de pétrole, et un gisement gazifère important, de un à cinq trillions de pieds cubes ou de 28 à 142 milliards de mètres cubes de gaz.

Les ressources découvertes dans ce bassin totalisent 332 milliards de mètres cubes de gaz et 277 millions de mètres cubes de pétrole. La Commission a aussi fait une estimation de la richesse régionale en ressources récupérables en fonction des ressources d'intérêt immédiat. Compte tenu des gisements pétrolifères supérieurs à 25 millions de barils et des gisements gazifères supérieurs à 100 milliards de pieds cubes, elle a évalué que le total des ressources d'intérêt immédiat correspond à 4,4 milliards de barils de pétrole, répartis entre 50 gisements, et à 28 trillions de pieds cubes de gaz, répartis dans 65 gisements. De ces ressources, trois milliards de barils de pétrole et 17,2 trillions de pieds cubes de gaz n'ont pas encore été découverts.

Le prolongement de l'oléoduc de la vallée du Mackenzie de quelque 600 km, de Norman Wells jusqu'au delta, permettrait de raccorder les découvertes actuelles de pétrole côtier et le gisements extracôtier en eau peu profonde, le gisement Amauligak d'une capacité de 300 à 400 millions de barils de pétrole et de plus de deux trillions de pieds cubes de gaz. Ce raccordement permettrait donc d'exporter ces ressources vers les grandes compagnies pétrolières du Sud.

Le "moment de mise en valeur" de ces ressources demeure pour l'instant la grande inconnue.