Urbanord : Lier par l’art

03 octobre 2013
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Grâce à Hannah Minzloff et au collectif réuni par le Yellowknife Artist Run Community Centre, le coin de la 50e Rue et de la 50e Avenue a révélé ses potentialités le temps d’une soirée. Photo : Moonie Grace Garner

Grâce à Hannah Minzloff et au collectif réuni par le Yellowknife Artist Run Community Centre, le coin de la 50e Rue et de la 50e Avenue a révélé ses potentialités le temps d’une soirée. Photo : Moonie Grace Garner

Deux cents personnes se sont réunies autour de l’installation d’art éphémère, coin 50e Rue et 50e Avenue.

L’art peut jouer un rôle dans l’appropriation d’une ville par ses citoyens, la rendre plus belle, plus humaine et plus sécuritaire. C’est dans cette approche d’art public, de médiation culturelle, que s’est inscrit le Yellowknife Artist Run Community Centre (YK ARCC) lors de la venue d’Hannah Minzloff, qui a culminé avec une installation d’art éphémère au coin des 50e Rue et 50e Avenue.
À l’occasion de la Semaine des arts, le YK ARCC avait invité en résidence à Yellowknife la photographe de la Halifax Hannah Minzloff. Pour qu’elle agisse comme tutrice auprès d’artistes locaux, mais plus encore. Une part importante de son travail est consacrée à la création de portraits de communauté. Par-delà la notion d’esthétique, l’art devient alors un témoignage, un facteur de rapprochement entre les gens, d’appropriation d’un lieu. « Ça a du sens, à Yellowknife, affirme Janna Graham, la présidente du YK ARCC, parce que le centre-ville est laid et que son devenir préoccupe beaucoup de gens. On va bientôt y construire plusieurs condos, plusieurs personnes voudraient sortir les sans-abris du centre-ville. »
La présence d’Hannah Minzloff a donc permis d’ouvrir une discussion sur cet espace urbain, discussion dont l’inéluctabilité, pense Janna Graham, a suscité la collaboration du département de planification de Yellowknife. « Nous n’avions jamais travaillé avec la ville, souligne Janna Graham; elle nous a beaucoup aidés en nous donnant accès à un mur, en nous laissant utiliser l’électricité, etc. »

Genèse
C’est sur ces prémisses qu’a eu lieu la première rencontre entre Hannah Minzloff et les citoyens. Près de 40 personnes se sont rencontrées au local de l’ARCC le dimanche 22 septembre, dont plusieurs n’y avaient jamais mis les pieds. L’artiste de Halifax a présenté son travail ainsi que plusieurs formes d’interventions en milieu urbain à travers le monde. À Seattle, on a développé l’idée d’exposer des œuvres d’art dans des vitrines de magasins vides. Parti de San Francisco, un autre concept a essaimé dans plusieurs pays, celui de faire des interventions face à des parcomètres : cliniques de santé, cérémonies de mariage, partie de pingpong, etc.! Les seules limites sont celles de l’imagination… et du temps à payer au parcomètre. Les exemples sont nombreux et d’aucuns, peu liés à l’art, sont simplement des fêtes dans des espaces publics, où les gens apprennent à se connaître.
À Yellowknife, la contrainte était que les personnes participant aux ateliers n’avaient qu’une semaine pour créer quelque chose. « Les gens avaient plein d’idées, de dire Janna Graham. Il fallait se mettre d’accord sur un concept puis agir. Ça a été en quelque sorte un exercice de fonctionnement. » Le concept en question, celui qui a reçu l’approbation générale, a été d’installer un feu au terrain vague situé au coin de la 50e Rue et de la 50e Avenue. Un feu comme symbole de la lutte contre le froid, un feu autour duquel on s’assemble. Étant donné les contraintes inhérentes – assurances, permis, etc. –, l’équipe réunie par l’YK ARCC a opté pour un substitut artistique, élaboré avec un système de lumières.

Un bilan positif
Le 27 septembre au soir donc, près du feu symbolique, des bancs de couleurs avaient été érigés, une corde à linge avait été posée, où les gens pouvaient accrocher des messages sur leur vision de Yellowknife, des musiciens avaient été invités. « Nous n’avons pas déplacé les gens qui se tiennent là habituellement souligne Janna Graham, et nous avons fait attention de ne pas avoir une attitude condescendante ou paternaliste avec eux. Ils nous ont parlé, ils nous ont parfois aidés, rien n’a été brisé. »
La directrice de l’YK ARCC estime qu’environ 200 personnes sont venues à cette soirée. Et il ne faut pas oublier que tout au long de la semaine, Hannah Minzloff et un groupe d’artistes ont fait des interventions autour du centre névralgique évoqué plus haut, prenant des photographies de passants, créant sur les murs des espaces d’expression pour la population. Au bilan, Janna Graham se déclare satisfaite des créations de cette semaine et de la participation. Le Yellowknife Artist Run Community Centre envisage de continuer à faire des installations d’art éphémère dans la ville et d’inviter d’autres artistes impliqués dans l’art urbain. Autrement, trois nouvelles expositions seront annoncées sous peu, ainsi qu’un événement culturel nocturne.