« Notre philosophie repose sur le fait qu'une naissance doit se dérouler là
où elle se doit. Une naissance est partie intégrante d'une famille et d'une
communauté ! », explique la sage-femme Lesley Paulette, qui habite Fort
Fitzgerald. C'est sa rencontre avec une sage-femme mohawk qui a confirmé la
voie qu'elle emprunte aujourd'hui. « Cela doit venir de l'intérieur de
nous-même », lance-t-elle.
À présent, Lesley Paulette n'est plus seule, à Fort Smith, pour accompagner
des familles entières lors du grand changement, l'arrivée d'un enfant.
Gisela Becker, originaire de l'Allemagne, s'est jointe à elle récemment,
après un séjour à Rankin Inlet, au Nunavut. Toutes deux partagent le même
amour de la profession.
« J'aime appuyer les femmes durant leur grossesse et lors de la naissance
de l'enfant ! », souligne Gisela Becker, pour expliquer son amour de la
profession, cette profession, qui l'a choisie. « Je cherchais un sens à ma
vie, j'avais dix-huit ans, et cela m'est apparu. J'ai appelé la sage-femme
de ma mère, sa profession exerçait sur moi une réelle une fascination ! »,
avoue-t-elle.
« Nous avons la chance de connaître en profondeur les femmes qui viennent
vers nous », soutient Lesley paulette. « Je crois que chaque naissance,
chaque famille, chaque femme et chaque situation est unique. Tu apprends
beaucoup et la croissance de la femme que tu accompagnes est liée à ta
croissance personnelle », souligne Gisela Becker.
Dans plusieurs communautés nordiques, il s'avère difficile pour la famille
d'assister à l'accouchement, puisque celui-ci se déroule à Yellowknife. La
future maman est donc coupée de son milieu durant plusieurs jours, voire
semaines, avant l'accouchement, d'où l'importance des sages-femmes,
soutient Lesley Paulette. « Parfois, le mari, les enfants et même les
grands-parents assistent à l'accouchement ! », raconte-t-elle.
En milieu hospitalier, la grossesse est compartimentée en divers domaines
et la patiente rencontre plusieurs médecins et infirmières assurant le
suivi. En tant que sages-femmes, Lesley Paulette et Gisela Becker
demeurent auprès des mamans tout au long de la grossesse.
« Ici, les femmes ont vraiment le choix. Elles décident de l'endroit où
elles souhaitent accoucher, soit à la maison, dans un bain tourbillon ou
encore à la clinique », indique Lesley Paulette.
Elle n'a pas besoin de publicité, car la tradition orale fait son ¦uvre.
Depuis maintenant sept ans et demi qu'elle exerce sa profession et le tiers
des femmes de Fort Smith lui confient leur grossesse. « Je crois qu'une
naissance est le plus beau de la vie », souligne Gisela Becker. « Une
naissance, c'est une porte d'entrée. Pas question de revenir en arrière »,
ajoute Lesley Paulette en lançant un regard vers Gisela avant d'ajouter : «
Je sais, ce n'est pas vraiment poétique ! »
Fort Smith pourrait d'ailleurs bientôt avoir son centre de naissances. «
Nous travaillons afin d'obtenir une légitimité », souligne Lesley Paulette.
« Les gens s'habituent au concept des sages-femmes, qu'ils soient d'accord
ou pas avec nos pratiques ! », poursuit-elle.
Ne manquez pas prochainement un dossier qui couvre en profondeur la
profession de sage-femme, son statut aux T.N.-O. et les difficultés
inhérentes à cette pratique