Spécialiste en contaminants au sein du ministère des Affaires indiennes et
du Nord Canadien, Glen Stephens fait de la recherche et travaille sur le
programme de lutte contre les contaminants dans le Nord. Il fait partie de
ces chercheurs dont les travaux n'ont pas un impact immédiat sur la
société. Cependant, plus qu'une pile de rapports, ces études s'avèrent tout
de même essentielles pour une meilleure compréhension du monde qui nous
entoure.
Le projet de lutte contre les substances nocives a débuté en 1991 en
réponse à des études qui démontraient la présence, dans l'écosystème de
l'Arctique, de contaminants qui ne proviennent pas, en majorité, de cette
région du monde. Si la réalité de l'économie mondiale saute aux yeux, le
concept d'environnement mondial fait aussi partie intégrante de notre
quotidien. Les émanations qui se dégagent des mines, usines et autres
installations humaines, ont un impact de la Russie au Chili. Le vent n'est
pas seulement un facteur de refroidissement éolien, mais il est également
un transporteur aérien de contaminants!
Les trois types de contaminants que l'on retrouve dans le Nord sont :
les métaux lourds (mercure, plomb),
les radionucléides (césium)et les polluants organiques rémanents ou persistants (pesticides tels que DDT, PCP).
En mars 1997, M. Stephens a fait la collecte de sédiments (dépôts de
matières dans les fonds marins) en provenance du Slipper Lake et du Lac du
Sauvage. « L'analyse de ces couches de matières contenant des diatomées
(petites algues brunes unicellulaires microscopiques) permettra d'évaluer
si des changements ont été observés dans la composition chimique de l'eau
du Lac Slipper. Ce lac est le dernier bassin de drainage de la mine Ekati
BHP avant qu'elle s'infiltre dans le Lac de Gras », a indiqué M. Stephens.
Ces sédiments peuvent s'avérer un outil indispensable afin d'interpréter
les changements qui se sont produits en ce qui a trait à la qualité de
l'eau des lacs, aux changements climatiques et au taux de dépôt de
contaminants à long terme. Le cas de la mine Ekati BHP en est un exemple.
Par l'analyse en laboratoire des sédiments prélevés à Slipper Lake en 1997,
il sera possible de constater l'évolution de la santé environnementale du
lac après l'exploitation minière, puisque ce lac est situé dans le
territoire réclamé par BHP et pourrait être affecté par l'activité minière.
Puisque que le sédiment est l'arbre généalogique des cours d'eau, son
analyse permet d'en retracer l'histoire et l'évolution.
« Il s'agit de recueillir de l'information. C'est un outil qui pourra être
utilisé dans des études futures. Cette étude ne visait pas à prouver quoi
que ce soit », a déclaré Glen Stephens, qui s'est dit étonné de ma requête
d'entrevue. Il faut parfois examiner le travail de toutes ces petites
fourmis qui s'affèrent à percer les mystères de notre boule bleue et les
effets de l'activité humaine sur celle-ci !