Financement du système de santé : Les territoires ne signent pas

14 février 2003
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Les trois premiers ministres des territoires ont refusé de signer l’accord des premiers ministres sur le financement en santé et ont quitté en bloc la rencontre qui a eu lieu à Ottawa le 4 et le 5 février dernier. Stephen Kakfwi, Dennis Fentie et Paul Okalik ont clairement exprimé leur mécontentement face à l’offre du gouvernement fédéral, qui a proposé de verser un peu plus de 38 millions sur trois ans aux trois territoires du Nord. Unanimes, les premiers ministres ont déploré la situation, qu’ils jugent inacceptable. « Cet argent est supposé nous donner l’espoir de maintenir notre système de santé et de l’améliorer, a indiqué le premier ministre des TNO, Stephen Kakfwi. Cette offre ne nous donne absolument rien. »

Ce que le premier ministre Jean Chrétien a concédé, aux termes de 12 heures de négociations serrées entre les premiers ministres provinciaux et territoriaux, est le versement de 17,3 milliards de dollars dans le système de santé canadien. Ce montant comprend, par contre, un versement de 3,9 milliards déjà accordé aux provinces et territoires en 2000, ce qui ramène l’offre du 5 février à 13,4 milliards. Ce montant, après le calcul per capita, est découpé en trois petites parts pour le Nord. Un peu plus de 15 millions pour les TNO, 10,8 millions pour le Nunavut et 12 millions pour le Yukon, sur trois ans.

Le calcul par habitant est le nerf de la guerre des territoires du Nord. Avec une population de 100 000 personnes, les territoires ne peuvent pas encaisser les millions que reçoivent les provinces plus peuplées. Or, les coûts du système de santé au Nord du 60e parallèle sont plus élevés que dans le Sud. Les premiers ministres des provinces et territoires avaient convenu, deux semaines avant la rencontre, de la mise sur pied d’un Fonds territorial des soins de santé. Ce versement distinct de 0,5 % pour chaque nouveau milliard versé dans le système de santé aurait été réservé aux territoires. Avant le début des négociations, le premier ministre Jean Chrétien a rejeté cette proposition, au grand dam des premiers ministres des Territoires. « Il nous a dit : "c’est à prendre ou à laisser, mais si vous ne prenez pas l’argent, je rembourse la dette", a rapporté Stephen Kakfwi. Nous lui avons dit que ce n’est pas acceptable et que nous refusons de signer. Il nous a regardé partir sans rien dire. »

Les interrogations sur la position de Jean Chrétien étaient vives au lendemain de la signature de l’accord. Les premiers ministres du Nord ont gardé espoir jusqu’au dernier moment, confiant que la reconnaissance du problème du calcul par habitant pour les petites administrations par le commissaire Roy Romanow puisse avoir pesé dans la balance. Le premier ministre Stephen Kakfwi n’a pas cru que l’ancien ministre des Affaires indiennes et du Nord, qui dit aimer le Nord et ses gens, puisse agir de la sorte. « Il est le seul homme dans ce pays à pouvoir le faire. Nous avons pensé que, puisqu’il dit aimer le Nord et qu’il l’a servi durant sept ans, cela se traduirait par des actions. »

Le premier ministre des TNO a dit ne pas savoir si cet argent sera versé quand même aux territoires : « La dernière fois qu’il nous a adressé la parole, c’était pour dire que si nous ne signions pas, il reprendrait l’argent. » Stephen Kakfwi a rappelé que de toute façon, ce montant (équivalant à un peu plus de 5 millions par année) ne couvre les frais du système de santé que pour une semaine et demie d’activités. « La prestation de services dans le Nord est unique. Notre population est peu nombreuse, nos communautés sont isolées, presque inaccessibles et font face à des coûts élevés de chauffage et de transport », a-t-il indiqué. De son côté, la députée libérale de Western Arctic, Ethel Blondin-Andrew a mentionné que l’argent des territoires serait versé malgré l’opposition des premiers ministres. « Cet argent fait partie de l’entente. »

Cette dernière a été critiquée pour son silence par le porte-parole de la santé du Nouveau Parti Démocratique, Svend Robinson. La députée libérale s’est rangée derrière la décision de Jean Chrétien, mais reconnaît le problème du Nord. « Les premiers ministres n’auraient pas pu accepter ce montant. Je n’étais pas surprise, mais j’aurais espéré un autre dénouement. » La députée a vu une lueur d’espoir lorsque le premier ministre Chrétien a reconnu, au lendemain de la signature de l’Accord à la Chambre des Communes, que le financement par habitant nuit au développement du Nord. « Je ne veux pas m’avancer ni faire d’hypothèses, car personne ne sait ce qui va se passer. J’espère que ce sera positif pour tout le monde », a-t-elle résumé.

Les trois premiers ministres du Nord vont continuer à faire pression sur le fédéral pour qu’il modifie son tir. « Nous ne pouvons pas laisser tomber, a indiqué Stephen Kakfwi. Il (Chrétien) termine son mandat dans 11 mois. Comme il nous a dit qu’il se soucie du Nord, il lui reste quelques semaines pour le prouver. »

Plusieurs syndicats et représentants de citoyens ont appuyé les premiers ministres du Nord. Le Syndicat des travailleurs et des travailleuses du Nord a fait circuler une lettre d’appui à ses membres. La députée de Range Lake, Sandy Lee, a mentionné que Jean Chrétien est passé à côté. « Tous nos efforts pour faire du premier ministre notre partenaire dans le développement du Nord ont été ignorés, tant nos demandes pour un financement dans le secteur de l’infrastructure que dans la santé », a-t-elle révélé dans un communiqué de presse.