Entreprenariat : Les plaisirs de l'alchimie

18 juin 2015
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Les savons de caroline (Photo : Denis Lord)

Les savons de caroline (Photo : Denis Lord)

À la recherche de la recette ultime
 

Biologiste, la madame, mais portée sur l'artisanat : après la peinture, la poterie et le feutrage, Caroline Lafontaine s'est lancée l'an passé dans la fabrication de savons, alliant à l'hygiène les joies de l'inventivité et les plaisirs de la sensualité.
La mère et la grand-mère de Caroline faisaient, à l'extérieur dans un grand chaudron, du savon avec du gras animal. Caroline a joint la tradition lors d'un moment de solitude à Fort Simpson il y a quelques années, faisant venir un kit de production. Le nom de sa compagnie est d'ailleurs NWT Daahtleh, ce dernier terme signifiant « savon » en esclave du Sud, la langue de Fort Simpson.
Caroline fabrique aujourd'hui près d'une vingtaine de variétés de savons, en plus des boules pour le bain. Étonnamment, elle n'a fait aucune étude de marché, mais les ventes vont très bien, assure-t-elle. On retrouve ses créations au marché fermier de Yellowknife et à la galerie Down to Earth. En outre, elle offre un service de commandes pour des événements spéciaux.
Caroline Lafontaine vient de recevoir une subvention du ministère de l'Industrie, du Tourisme et de l'Investissement pour l'appuyer dans la production et le marketing. « C'est cette année que je vais voir si ça peut être rentable », dit-elle. Une partie des profits est versée à l'école Charles Tetcho de Sambaa K'e (Trout Lake), dont les enfants ont bénéficié du savoir de Caroline et participent parfois à la fabrication des savons.

Laboratoire
La patronne de NWT Daahtleh retrouve dans la fabrication de savons les mêmes plaisirs olfactifs et visuels que ceux de la cuisine (pour le gustatif, on laisse tomber). Plusieurs ingrédients potentiels — huile de riz, curcuma et autres — sortent d'ailleurs tout droit des armoires de cuisine.
Un savon, explique Caroline Lafontaine, peut être constitué de quatre types d'ingrédients : additifs, huiles, liquide et enfin, soude caustique. « Les huiles, ajoute-t-elle, ont des propriétés différentes : l'huile de coco, par exemple, nettoie davantage que celle d'olive. Elle peut être remplacée par du gras animal, ou encore du beurre de karité ou de mangue. »
Le savon se créée lorsque la soude caustique, diluée dans un liquide, se mélange au corps gras. Étape cruciale, où il faut se protéger avec des gants et des lunettes, et bien doser les produits, sous peine de brûlures pour les usagers.
Le reste est affaire de couleurs et d'odeurs de propriétés thérapeutiques. On peut ajouter de l'argile, dont la faculté est de capter le gras, ou encore des épices, des couleurs synthétiques ou naturelles. On laisse ensuite maturer le savon, jusqu'à six mois dans le cas d'une saponification à froid. « Plus ton savon est vieux, plus il devient doux », indique Mme Lafontaine.

Création
« J'aime beaucoup la partie création, avoue Mme Lafontaine. Tu ne sais pas toujours comment les produits réagiront. Tu dois être prêt. Sur deux heures de préparation, il y a un quinze minutes où le savon se fait vraiment. C'est ce qui vient avant et après [comme l’emballage] qui est long. »
Quelles sont les variétés de savon les plus populaires de NWT Daahtleh? Gruau, lait et miel, et lavande, répond Caroline Lafontaine sans hésiter. « À cause de leurs vertus calmantes, » suppute-t-elle. Alors que ses concurrents utilisent un maximum de trois huiles ou corps gras différents, elle en prend entre quatre et huit. C'est sa touche. Mais elle affirme ne pas avoir trouvé encore la recette ultime.