Plus d’argent : Les $oin$ de $anté

24 mai 2002
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C’est en réclamant plus de fonds que le gouvernement des T.N.-O. a approché le commissaire Romanow qui se penche sur les soins de santé au Canada

« Notre système de santé est viable, mais sous-financé. » Le premier ministre Stephen Kakfwi a donné le ton à la consultation publique de la Commission Romanow sur l’avenir des soins de santé au Canada, lors des audiences du 16 mai dernier à Yellowknife. Autant le dirigeant du gouvernement que son bras droit en santé, le ministre Michael Miltenberger, ont rappelé que le système de santé aux T.N.-O. fait face à une crise aux multiples facettes.

Le mémoire déposé par le ministère de la Santé et des Services sociaux a souligné que le recrutement et le maintien en fonction du personnel est l’un des problèmes les plus criants dans le Nord. Le gouvernement aimerait que les initiatives fédérales en santé concernant les Autochtones soient offertes autant à ceux vivant sur une réserve que ceux vivant hors réserve. Le financement per capita, qui attribue aux provinces et territoires des enveloppes supplémentaires en santé selon leur nombre de résidents, pénalise le Nord, qui fait face à des coûts élevés reliés essentiellement aux distances et au transport, mais aussi à une petite population. Ces recommandations font partie d’une série de onze qui demandent clairement le redressement d’un système de santé dont les travers sont plus criants dans le Nord. Comme l’a mentionné un document soumis à la Commission par l’Association médicale des T.N.-O., « le manque de professionnels en santé dans les zones urbaines du Canada est pire dans les régions rurales et éloignées. »

Le dossier de la promotion et de la prévention en santé a également fait surface. Devant la multitude de problèmes de santé qui découlent d’habitudes de vie malsaines, tel le tabagisme et la mauvaise alimentation, le député Brendan Bell, président du Comité permanent des programmes sociaux, a exigé des fonds qui permettent d'aller au-delà du statu quo. « Nous n’avons pas d’argent disponible pour les programmes de prévention qui font la promotion de modes de vie sains et encore moins de fonds pour développer ces programmes. »

Ces recommandations ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. « Il est évident que les difficultés au nord du 60e parallèle sont reliées à la santé mentale, à la prévention et au bien-être », a mentionné le commissaire Roy Romanow, au terme des présentations du gouvernement. L’ancien premier ministre de la Saskatchewan a reconnu que les Territoires du Nord-Ouest ont beaucoup d’imagination dans leur façon de gérer leur système de santé. « Je suis impressionné par l’esprit de communauté et la coopération (…) et par la présence d’un réseau de communication numérique. »

Le commissaire a longuement posé des questions aux groupes venus présenter leurs mémoires concernant la Loi canadienne de la santé. Pour plusieurs, les manques divers qui affectent le système nuisent à l’accessibilité aux soins de santé. La question de la gestion publique a alimenté le discours de la Fédération des travailleurs du Nord, pour qui l’ouverture à du financement provenant du privé est un leurre. Poussant plus loin la réflexion, Roy Romanow a demandé à Suzette Montreuil, ergothérapeute, comment elle fait pour évaluer son efficacité s’il n’y a pas de concurrence. « Les travailleurs de la santé n’ont pas besoin de concurrence pour être aussi efficaces que possible, a-t-elle répondu. Ils ont un client et c’est ça qui les motive. C’est là-dessus que le système de santé devrait reposer. »

Cette préoccupation et celles exprimées au cours de la journée ne sont pas uniques au Nord, selon l’énumération du commissaire. « Les problèmes d’accessibilité, de géographie, de manque de personnel, l’assurance-médicament et les soins à domicile et le débat continus sur la Loi canadienne sur la santé : devrait-on l’amender, devrait-on la laisser telle quelle, devrait-on y ajouter des mesures législatives (…) sont des dispositions similaires entendues autant dans le Nord que dans le Sud. »

Afin de contrer le manque de personnel, la Commission analyse présentement une étude, qui lui a été soumise par un groupe de recherche indépendant, sur la possibilité de mettre sur pied un institut national des ressources humaines. Le groupe devra se pencher sur près de 30 000 mémoires qui lui a été soumis via le Web et les consultations publiques. La Commission termine ses rencontres en juin et fera la synthèse et l’analyse des mémoires au cours de l’été. Elle prévoit une conférence nationale à l’automne sur le thème : Bâtir un système de soins de santé pour le XXIe siècle.