Les morilles

25 juillet 2008
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Caroline a vécu à Yellowknife entre 1992 et 1998. Biologiste de formation, elle a participé à plusieurs études de contamination de poissons et une étude de loup à la tanière (Aquilon, 1992). Elle a aussi coordonné un camp d’été en français pour les enfants francophone de Fort Smith et Hay River il y a quelques années.

Bonjour ami-e ténois-e,

Fin juin, début juillet, c’est le temps des morilles dans les brûlés des Territoires du Nord-Ouest. Cette ressource, plus ou moins connue et exploitée, a été évaluée par quelques spécialistes ténois en 1998. Au cours des prochaines semaines, je vous entretiendrai sur la biologie des morilles, l’état de la ressource et autres faits intéressants à propos de ces champignons. Aujourd’hui et la semaine prochaine, je vous partage ce contact privilégié avec Terre-Mère. Gratitude pour cette expérience de partage de ton abondance Terre-Mère. Respectueusement, marci cho. ………

Après les préparatifs de départ - mise à l’eau du bateau, achat de nourriture de terrain pour une semaine (incluant sirop d’érable!) et de gazoline, préparation de l’équipement pour dormir et pour la cueillette - nous quittons un des quais de bois du Woodyard, Yellowknife, à la fin de matinée du 28 juin 2008. Direction : Drybones Bay, une baie du Grand Lac des Esclaves au sud-est de Yellowknife. Drybone Bay est utilisée depuis longtemps par les Dénés de la région, elle est facile d’accès et l’an dernier 354 hectares ont brûlé. Milieu propice pour trouver des morilles : un brûlé d’un an.

Une fois le campement installé sur le seul plateau sablonneux du coin, nous partons pour notre première cueillette! C’est pas trop long…voici la première morille (photo d’une morille avec crottin de lapin). Walter Brown, notre professionnel de la cueillette des morilles nordiques qui a participé à l’étude de 1998, nous donne les instructions de base et nous partons pour les chemins sur lesquels les morilles nous amèneront. Nous sommes tous les quatre familiers avec le camping sauvage dans le nord alors il n’y a pas question de s’inquiéter pour quiconque.

Les rudiments que Walter partage sont simples : trois espèces de morilles (les naturelles, les brunes et les blondes) qu’on coupe au couteau. Les deux premières préfèrent les milieux secs, tandis que l’autre les milieux un peu plus humides, mais pas les marécages. Le mycélium (partie souterraine) des morilles a un besoin essentiel pour vivre : une épinette ou un pin, alors on repère les conifères pour réduire les déplacements inutiles. Lors de la coupe, on laisse ¼ à ½ pouce de pied, question d’esthétique, de qualité et de productivité. Si on les arrache, ce qui est plus facile, il faut repasser les morilles une à une pour enlever le pied terreux qui crée des problèmes de moisissure lors de l’entreposage et du séchage. Vaut mieux procéder avec un coup de petit couteau bien aiguisé dès le départ.

Suite à ces brèves explications et un exemple de coupe, nous nous engageons sur les chemins des morilles. Pour se faire, on se promène de dépression brûlée en dépression brûlée. Repérant les épinettes à travers les bouleaux et les peupliers, on se faufile entre ce qui reste de branches pour aller couper les champignons qui peuvent être aussi gros qu’une grosse main. Tranquillement le «bucket» se rempli et on sourit, satisfait.

Les chemins des morilles sont faciles à marcher. Une habileté de base pour monter les flancs de granite et descendre à travers les rochers brisés par les gels et dégels des dernières glaciations n’est cependant pas négligeable. En effet, transporter un sceau de cinq gallons pleins de morilles avec, en plus sur le dos, cinq paniers remplis (25-30 lbs), sur quelques kilomètres, nécessite de bons genoux et un dos résistant!

Les récoltes journalières étaient encourageantes. Je m’impatientais un peu la deuxième journée lorsque mon cinq gallons ne se remplissait pas rapidement. Je réalisai alors que le jour précédent, j’étais tombée dans une talle bien dense puisqu’en quelques minutes mon sceau blanc s’était rempli presqu’à la moitié. Je remerciai cette fantastique abondance de la journée précédente et continuai mon chemin espérant, évidemment, retrouver une manne pareille de nouveau!

Par la suite, question d’avoir des chiffres de référence pour évaluer l’abondance, nous avons fait quelques décomptes. Dans les bonnes talles de morilles, on dénombrait autour de 70 morilles dans 20 mètres carrés. Mais avons aussi procédé à un décompte inattendu, dans un milieu béni! 43 morilles dans environ trois mètres carrés, autour d’une vieille épinette!

Et voilà pour cette semaine. Combien de livres de morilles avons-nous récoltées en quatre jours? Je t’invite à le découvrir la semaine prochaine!