Politique : Les libéraux jouent la carte de la dévolution

28 août 2009
0 Commentaire(s)
Lors de ses quelques heures passées à Yellowknife, le chef du parti libéral, Michael Ignatieff, a visité le hangar de la compagnie d'aviation Buffalo Airways. Son propriétaire, Joe McBryan, lui a expliqué les particularitésrelatives à opérer une telle entreprise dans le Grand Nord. (Photo : Maxence Jaillet)

Lors de ses quelques heures passées à Yellowknife, le chef du parti libéral, Michael Ignatieff, a visité le hangar de la compagnie d'aviation Buffalo Airways. Son propriétaire, Joe McBryan, lui a expliqué les particularitésrelatives à opérer une telle entreprise dans le Grand Nord. (Photo : Maxence Jaillet)

Michael Ignatieff mise sur le partage des revenus pour ramener le comté de Western Arctic dans le giron libéral. Joe Handley dénonce l'inaction des conservateurs dans ce dossier

C'est un Michael Ignatieff en mode électoral qui a visité Yellowknife cette semaine. Le chef de l'opposition officielle à la chambre des Communes a passé un peu moins de 24 heures dans la capitale des Territoires du Nord-Ouest, lundi et mardi, où il a martelé sur toutes les tribunes qu'un éventuel gouvernement libéral se pencherait sur l'épineuse question du partage des revenus provenant des ressources naturelles.

Alors que Stephen Harper n'a pas abordé la question une seule fois durant les cinq jours qu'il a passés dans les territoires, Michael Ignatieff estime pour sa part que l'établissement d'une formule de partage plus équitable des revenus tirés des ressources naturelles doit constituer l'élément central de sa politique nordique. Il s'agit de permettre au gouvernement territorial et aux gouvernements autochtones de percevoir des redevances sur les ressources extraites aux territoires, ce qui demeure pour l'instant l'apanage unique du gouvernement fédéral. Par ricochet, cette question pose également celle de la dévolution aux territoires de pouvoirs similaires à ceux des provinces.

« Nous voulons faire du partage des revenus la clef de voûte de l'approche libérale en matière de politique nordique, affirme le leader libéral. Si le développement des ressources minières et gazières est pour se produire, alors nous voulons qu'il y ait une valeur ajoutée au développement du Nord. Nous voulons que le développement bénéficie au Nord et nous voulons que cela bénéficie tous les résidents du Nord; pas juste quelques-uns. C'est là la base de notre philosophie. »

À cet égard, le leader libéral raille le plan conservateur pour le Nord qu'il juge trop axé sur le militaire. «La vision de M. Harper pour le Nord, c'est qu'il s'agit d'une question de souveraineté militaire; nous pensons que c'est une question de développement économique, attaque-t-il. Nous croyons que ce sont les gens qui créent la souveraineté. La souveraineté est pour les gens; pas les gens pour la souveraineté. »

Mais le bilan libéral en la matière n'est pas très reluisant. En 13 ans de gouvernements libéraux successifs, et alors que les trois comtés du Nord étaient occupés par des députés rouges réputés indélogeables, la conclusion d'une entente sur le partage des revenus et la dévolution avec les Territoires du Nord-Ouest n'a jamais été atteinte. Michael Ignatieff n'en démord pas pour autant et défend le bilan de ses prédécesseurs.

« Ce n'est pas vrai que nous n'avons rien fait », se défend-il en rappelant qu'une entente de dévolution a été conclue avec le Yukon en 2001, sous le gouvernement de Jean Chrétien. Vague, il déclare que les libéraux ont « tenu promesse sur beaucoup de dossiers au Nord ».

D'après lui, la pertinence de régler ces questions est cependant plus à propos maintenant, car, dit-il, « avec les changements climatiques, la possibilité d'un développement important des ressources naturelles et la question de la souveraineté, l'importance du Nord a grandi dans la politique canadienne ».

Handley, nouvel homme fort

L'ex-premier ministre territorial Joe Handley, qui a été confirmé samedi dernier comme candidat libéral dans le comté de Western Arctic, n'est certainement pas étranger à ce choix de tabler sur la question de la dévolution et du partage des revenus pour convaincre l'électorat du Nord. Cette question a toujours été son delenda carthago alors qu'il tenait les rênes du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Ce fut également son principal échec. Handley n'ayant jamais réussi à parachever son rêve avant la fin de son mandat comme premier ministre et, ce, en raison surtout du manque d'appétit de ces homologues fédéraux pour un enjeu qui demeure largement incompris du public canadien.

« C'est un enjeu critique, affirme Joe Handley. Personne dans le Nord n'aime voir nos ressources quitter le territoire et aucun revenu ne peut revenir dans nos coffres. »

Maintenant qu'il est sorti de son placard et qu'il assume publiquement ses allégeances libérales, l'ex-premier ministre maintient que ce sont les conservateurs qui bloquent les pourparlers sur la dévolution. « Quand j'étais premier ministre, j'avais sur mon bureau des lettres signées par Stephen Harper me promettant des choses, disant "je vais le faire" et rien ne s'est produit. », dit-il.

Le gouvernement de Stephen Harper a mentionné par deux reprises l'importance d'un tel accord dans ses discours du Trône. Par contre, les négociations pour parvenir à une entente sont restées au point mort depuis 2006.

Joe Handley affirme que les libéraux, eux, faisaient «des progrès» sur cette question. « Quand Paul Martin était premier ministre et que Ralph Goodale était ministre des Finances, nous avons fait de bons progrès, se souvient le vétéran de la politique nordique. Mais nous n'avons pas avancé d'un pouce depuis ce temps. Je veux reprendre le travail là où nous l'avons laissé et poursuivre avec ce que nous, les libéraux, croyons qui est la juste façon de procéder. »

Ça n'a pas toujours été le discours de M. Handley. Quand il était premier ministre, la lenteur avec laquelle les négociations sur la dévolution procédaient, même sous les libéraux, avait l'heur d'agacer cet homme de compromis. En avril 2005, il avait ainsi déclaré à L'Aquilon, à propos de ses relations avec le gouvernement de Paul Martin, qu'il n'aimait « pas tellement se présenter avec la main tendue ».

Quant à l'entente sur la dévolution survenue entre le gouvernement fédéral et celui du Yukon, Joe Handley avait l'habitude de dire que nos voisins de l'ouest ont obtenu une entente peu avantageuse et qu'il ne se contenterait pas de si peu.

Élections et francophonie

Michael Ignatieff a déclaré à la presse qu'il n'était pas en campagne électorale et que son objectif n'était pas de défaire le gouvernement cet automne, mais de s'assurer qu'il fonctionne au bénéfice des Canadiens. Mais le nombre de fois où il a terminé ses phrases en soulignant la qualité de son nouveau candidat de Western Arctic n'a laissé personne songeur sur ses intentions.

Lundi, le chef libéral a pris part a un événement partisan au club de curling de Yellowknife qui a fait salle comble, laissant présager que, après une période de purgatoire, le parti libéral était de retour dans la course aux Territoires du Nord-Ouest.

Quant aux communautés minoritaires de langues officielles, le chef de l'opposition officielle leur fait la cour en soulignant l'importance de la présence francophone partout au pays.

« J'ai été bien accueilli en français partout, dit-il. Que ce soit au Nouveau Brunskwick ou à Calgary des canadiens se sont adressés à moi en français. J’en suis heureux car cela représente bien la vision férdérale. »

«Nous avons déjà travaillé fort pour instaurer le plan Dion et cela fait partie de notre plan de le renouveler », poursuit-il.

Après avoir multiplié les apparitions publiques, Michael Ignatieff a prolongé son passage aux Territoires du Nord-Ouest par deux jours de plein air loin des flashs des caméras dans une destination demeurée secrète.