« Tous les journalistes sont Inuits, et ils sont originaires de différentes
communautés du Nunavik [nord du Québec] », explique Susan Sretel,
rédactrice par intérim d'Arjuuk. Cette dernière est née à Kuujjuarapik
[Poste de la Baleine], une petite communauté crie et inuit d'environ 1000
habitants, située sur le bord de la baie d'Hudson.
La réalité du Nord, avec ses communautés uniquement accessibles par avion,
est difficile à expliquer. Parfois, lorsqu'un incident se produit dans une
communauté, les localités des environs mettent quelques semaines avant de
connaître le fond de l'histoire. La tradition orale a ses racines bien
ancrées, alors pour rejoindre les potentiels lecteurs, l'équipe devra se
dépasser. « C'est quelque chose qui manque vraiment au Nord. Il y a un
manque d'information, donc nous avons choisi de publier un journal dans les
trois langues pour rejoindre tout le monde », souligne Susan Sretel.
« Nous voulons développer les communications dans le Nord », soutient le
directeur de projets au CÉGEP de St-Hyacinthe, Claude Harisson. « J'éprouve
un amour inconditionnel pour cette région et pour la culture inuit, même si
parfois ce n'est pas toujours facile », avoue Claude Harisson, qui a
notamment travaillé à Puvirnituk pendant quatre mois.
Le projet a germé dans l'esprit du directeur général des projets au CÉGEP,
Réal Martin. « Il a travaillé dans le Nord depuis 1987, et il souhaitait
développer les communications pour que les gens soient au courant de ce qui
passe dans leur région », avoue sa fille, qui confirme l'amour de son père
pour les Inuit.
Arjuuk prendra donc forme très bientôt. La première édition papier est
attendue avant l'été et l'équipe du journal se cherche toujours un
rédacteur (trice). Pour le moment, Susan Sretel comble le poste, tout en
corrigeant les articles et en veillant à la mise en ¦uvre d'un site
Internet qui diffuse les articles déjà parus ainsi que des photos du
Nunavik. Arjuuk signifie corps céleste en inuktitut. Par ailleurs, tous ne
s'attendent pas sur sa signification exacte, mais selon une croyance
populaire, cela désigne une double étoile qui apparaît avec le nouvel an.
Le journal comptera une vingtaine de pages, et sera publié en format
tabloïd dans les trois langues, ce qui occasionne de petits mots de tête.
Au Nunavik, les dialectes varient d'une communauté à l'autre. Une
traductrice est donc embauchée pour traduire les articles. Ensuite, il faut
les traduire à nouveau en français, en inuktitut, version officielle, ainsi
qu'en anglais.