Documentaire : Les gardiens de l’éternité

11 février 2016
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Mary Rose Sundberg

Mary Rose Sundberg

Après trois saisons de tournage étalées sur sept ans, un film parle d’éternité et pousse une réflexion sur le dépassement des limites du temps.
 

« La façon dont je peux l’exprimer, c’est à jamais et pour toujours, sans fin », explique Mary Rose Sundberg dans le documentaire de France Benoit Guardians of Eternity. Comme cette aînée dénée Yellowknives, d’autres intervenants racontent la désolante réalité des 237 000 tonnes de trioxyde de diarsenic emmagasinées dans les cavités souterraines de l’ancienne mine Giant à Yellowknife. Ils commentent également la solution perpétuelle lancée par le gouvernement canadien voulant congeler sur place ces résidus toxiques ultra solubles provenant de cette exploitation aurifère. « Mais comment penser pour l’éternité?, demande la cinéaste franco-ténoise. Comment transmet-on cette information : attention vous êtes sur un lieu hautement toxique. Quelle langue met-on sur les affiches? », demande Mme Benoit, soupçonnant que dans seulement quelques milliers d’années nos langues actuelles ne seront plus les mêmes. Le film traite de cette question : comment préserve-t-on cette information à propos de ce site?
Peut-être que la tradition orale serait une des solutions, alors que les Dénés ont acquis leur savoir ancestral de cette façon depuis plus de 10 000 ans. « Nous devrions imaginer une histoire ou une légende, car les légendes sont créées par les événements. La manière dont je le vois, c’est que ce poison emprisonné dans le sol de la mine est un monstre géant, c’est même plus gros qu’un monstre. Une fois qu’il se libérera... il détruira tout sur son passage », de prévenir Mary Rose Sundberg, en avouant que bien que ce ne soit pas elle-même qui ait causé ce désastre, elle est désolée pour la nature, le territoire. France Benoit mentionne qu’elle voulait également souligner dans le documentaire que ce territoire est autochtone, que jamais ces Premières Nations dénées n’ont souhaité cette exploitation et que les personnes roches (traduction littérale d’homme blanc en langue des Dénés Yellowknives) ont aimé ce lieu et s’y sont établi en disant : « on peut se servir ». La cinéaste argumente : « C’est une attitude contradictoire avec les valeurs autochtones alors qu’aux alentours de la baie de Yellowknife, il y avait tellement de lieux de cueillette, de sites de chasse et de pêche que personne ne s’établissait là. Ils y revenaient tout le temps, mais ne s’y installaient pas. »
Dans le film, Mary Rose Sundberg décrit le site de la mine Giant comme il était avant les années 40 : « C’était bleu jusqu’à l’infini. Bleu de bleuets. »
Guadians of Eternity a été projeté pour la première fois à Yellowknife au cours du mois de novembre et plus récemment à Inuvik, à la fin du mois de janvier 2016. Après chaque projection, une discussion sur les questions soulevées par le film a eu lieu. Dans une lettre à la cinéaste, Catarina Owen, du Aurora Research Institute d’Inuvik, raconte que les discussions ont porté sur le manque de recherche, de règlementation, de contrôle et de transparence.