Les défis du système de santé dans le nord

16 novembre 2001
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Comme partout au Canada, les T.N.-O vivent une pénurie de personnel dans le système de santé. Les coûts ne cessent d'augmenter, tandis que les budgets demeurent limités. De nombreux défis se dressent donc devant les intervenants du réseau afin de trouver l'approche idéale pour une meilleure efficacité. Cependant, une loi se fait toujours attendre.

« Beaucoup de gens attendent la loi pour faire quelque chose, mais il y a un délai imposé par d'autres priorités du gouvernement. Je pense qu'on se limite inutilement. Le fait qu'il n'y ait pas de loi peut créer des zones grises », de souligner le Dr Corriveau.

Ce dernier cite en exemple l'expérience qu'il a menée dans le Nord du Québec en 1986. « À l'époque, il n'y avait aucune loi pour réglementer le travail des sages-femmes. Nous avons donc tenté l'expérience d'inclure des sages-femmes dans notre approche ». Quelques années plus tard, le Québec mettait sur pied des projets pilotes sur la pratique des sages-femmes. « Les projets pilotes s'étaient beaucoup inspirés de notre approche, mentionne le médecin, nous devons convaincre les communautés que c'est correct d'expérimenter ».

Selon lui, les intervenants de chacune des communautés des Territoires du Nord-Ouest ne devraient pas attendre les lois sur la pratique des sages-femmes ou des infirmières cliniciennes avant d'agir. « Même que c'est mieux d'expérimenter tout de suite, parce qu'une fois que la loi est passée, tu es pris avec. Il devient aussi difficile de la changer que de la faire adopter. Ceci étant dit, nous continuons de travailler pour avoir des lois qui réglementent le travail des sages-femmes et des infirmières cliniciennes ».

Le vendredi 2 novembre dernier, plusieurs intervenants du réseau de la santé se sont réunis pour parler des différentes approches à utiliser dans les T.N.-O, mais ce n'est pas facile lorsqu'une grande partie des professionnels de la santé viennent du sud et ne passent que quelques années dans le Nord. « Le système ici est fragile. Il dépend beaucoup de la personne. Il faut donc promouvoir l'approche la plus flexible possible. Dans le Nord, ce n'est jamais permanent », de souligner le Dr Corriveau. L'approche par équipe a été au c¦ur des discussions du 2 novembre. « Ça va se passer au niveau local. Il faut identifier les domaines où il y a une duplication des services, évaluer les besoins de la population et voir les secteurs d'activités où il n'y a pas de services. C'est le temps que tout le monde travaille ensemble », d'expliquer le Dr. Corriveau.

Selon lui, le niveau de connaissances des médecins face aux ressources disponibles dans leur milieu doit être accru. Ces derniers doivent faire confiance aux autres professionnels et ne pas avoir peur de déléguer les tâches. « On ne peut pas se permettre de gaspiller des ressources humaines », de déclarer le Dr Corriveau qui cite en exemple le cas de Fort Simpson, où les techniciens d'urgence comme les pompiers et les ambulanciers sont appelés en renfort dans certains domaines d'intervention.

Ce genre d'approche, où les connaissances des sages-femmes, des infirmières cliniciennes, des intervenants en santé mentale, des techniciens d'urgence et autres professionnels de la santé et des services sociaux sont mises à profit, permettant aux médecins de se consacrer uniquement aux cas qui nécessitent réellement leur intervention. « Le temps des médecins sera alors utilisé de manière plus efficace », d'expliquer le Dr Corriveau.

Le rapport Cuff

Déposé le printemps dernier au gouvernement territorial, le rapport Cuff visait à faire l'analyse des principaux problèmes de gouvernance de la santé dans les T.N.-O et de voir à assurer la continuité du système au chapitre financier. Bien entendu, les présentes négociations sur l'autonomie gouvernementale demeurent un enjeu majeur du débat.

Les événements survenus au cours des dernières semaines à l'Assemblée législative ont retardé les débats entourant le dépôt de ce rapport. Le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, Michael Miltenberger, s'est donné 90 jours pour revoir le rapport et consulter les divers professionnels impliqués. Un plan d'action devrait donc être amené en chambre pour la session de février prochain.

Les problèmes financiers dans le secteur de la santé ne sont pas exclusifs aux T.N.-O., le souci est le même partout. « Les coûts augmentent plus vite que la capacité de payer. Le plan d'action qui devrait être déposé dans quelques mois ne sera pas nécessairement en lien avec le rapport Cuff, mais pourrait très bien reprendre certaines de ses idées », de préciser le Dr André Corriveau.