« Cette forme d'art dormait, elle avait besoin de reprendre vie », affirme
l'artiste et femme d'affaires Chipewyan, Suzan Marie, originaire de Fort
Smith. Cette dernière s'est d'ailleurs lancée dans une recherche intensive
pour retracer les origines de ces petits paniers. Elle s'est ensuite
inspirée de photographies provenant du musée de la civilisation de
Colombie-Britannique pour les reproduire.
« Lorsque je suis allée à l'université, j'ai réalisé que notre culture
disparaissait. Comme mère, je savais que si l'on souhaitait transmettre
notre culture, il fallait la rendre intéressante », raconte Suzan Marie.
« Notre art signifie notre survie », poursuit celle qui se considère comme
un produit des écoles résidentielles. Elle avait perdu sa culture, elle a
plié bagage pour aller vivre quatre ans dans le Sahtu afin d'apprendre la
couture auprès des aînées. « J'étais comme une éponge, j'absorbais et
j'étais curieuse. Le désir [d'apprendre] était là. »
Qu'en est-il aujourd'hui de ce désir chez les jeunes ? « Je dois trouver
des choses qu'ils ont envie de faire. Par exemple, ma fille aime créer des
petits colliers faits de petites perles. C'est simple et cela ne nécessite
pas trop de temps », explique celle qui avoue que l'on doit faire découvrir
l'art à la jeunesse.
Pour Suzan Marie, l'art déné est bien plus qu'un gagne-pain, c'est une
passion qu'elle sème autour d'elle. L'artiste organise des ateliers dans
plusieurs communautés afin d'enseigner aux aînées et aux jeunes femmes
certaines techniques de fabrication de panier et de sac en babiche. « L'an
dernier, aucune Dénée ne fabriquait de paniers en racine d'épinette ».
Actuellement, près de 30 personnes entrelacent les racines pour donner
forme à leurs oeuvres.
« L'art représente le développement durable et c'est écologique. Durant
l'hiver, cela crée des emplois pour les femmes. Elles prennent également
conscience de leur valeur et reprennent le contrôle de leur vie. Cela
engage également tous les membres de la famille, puisque les hommes vont à
la chasse pour ramener les peaux nécessaires à la création », soutient
l'artiste.
« Cet art va survivre à n'importe quelle mine. Nos créations seront
toujours là lorsque les mines de diamants ne seront plus », lance Suzan
Marie. Un seul nuage à l'horizon : le financement. « Nous devons avoir
l'argent nécessaire afin d'offrir de la formation, mais il y a beaucoup de
paperasse à remplir. C'est très frustrant », admet-elle. Cela ne l'empêche
pas de poursuivre dans la voie qu'elle a choisie pour lutter contre la
disparition de sa culture : l'art. Elle verse également dans les
beaux-arts : les créations uniques, authentiques et faites dans le Nord !