Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord : Les POPS se multiplient

04 avril 2003
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Depuis la découverte, au début des années 1980, de contaminants dans la graisse des mammifères marins de l’Arctique, le Canada a poursuivi ses recherches pour rassurer les populations inuites du Grand Nord sur la qualité de leur alimentation. Dans cette foulée, le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada (MAINC), dans le cadre de son Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord, a publié dernièrement un deuxième rapport sur l’évaluation des contaminants dans l’Arctique canadien. Malgré la présence de nouveaux contaminants et l’augmentation de la concentration de certains autres, comme le mercure, les autorités sanitaires recommandent aux Inuits de consommer des aliments traditionnels. Selon les chercheurs, les tendances sont bien en vue et ce n’est pas encore le temps de sonner l’alarme.

Bien que mesurables, les effets des BPC, du plomb et du mercure sur le développement du fœtus et de l’enfant sont minimes. Une femme enceinte risque de donner naissance à un enfant de petit poids ou peut accoucher avant terme si le fœtus est exposé à des concentrations élevées de BPC. Les chercheurs tiennent à spécifier que le poids est très légèrement inférieur et que l’accouchement a lieu, en moyenne, trois à quatre jours plus tôt que la date prévue. La chercheure Gina Muckle, de l’Unité de recherche en santé publique du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), à Québec, estime qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. « Les effets sont subtils, car les BPC n’ont pas d’impacts suffisamment importants pour occasionner des naissances d’enfants prématurés ou de petit poids », a-t-elle conclu au terme de l'étude échelonnée sur cinq ans.

Les polluants organiques persistants (POPS) sont des contaminants qui proviennent, pour la plupart, de l’extérieur du Canada. Les chercheurs avaient sonné l’alarme quand ils avaient découvert, dans la graisse des mammifères marins, des produits bannis par le gouvernement canadien, comme l’insecticide DDT. Ces produits, encore utilisés dans certaines régions du monde, s’évaporent avec les grandes chaleurs et se déplacent dans l’air jusqu’au cercle polaire arctique. Le froid glacial de l’Arctique fige ces contaminants, qui se déposent au sol et s’emmagasinent dans la graisse animale. Les Inuits, en consommant du gras de baleine, de phoque ou d’ours polaire, ingèrent ces contaminants. Le taux de contaminants chez les populations inuites du Nunavik excèdent les normes établies par Santé Canada et l’Organisation mondiale de la santé.

Malgré cette situation, les chercheurs et les autorités sanitaires estiment que l’alimentation traditionnelle est toujours excellente pour la santé des Inuits. Que ce soit l’effort physique exigé lors de la chasse ou la pêche ou la transmission du savoir traditionnel aux nouvelles générations, la consommation de viande sauvage ou de poisson apporte des bénéfices plus grands que les effets négatifs liés aux contaminants.

Cette affirmation vient également d’une découverte importante réalisée par l’équipe de Gina Muckle. Les acides gras oméga 3, qui se retrouvent en bonnes quantités dans les graisses des mammifères marins, font barrière aux effets négatifs des contaminants. « Les femmes inuites accumulent des BPC car elles consomment le gras des mammifères marins. Avec cette diète, par contre, elles se trouvent à consommer davantage de ces bons acides gras oméga 3. C’est un paradoxe, car en étant très exposées aux BPC, elles se retrouvent aussi avec de grandes quantités de ces oméga 3, qui sont essentiels pour le développement du cerveau d’un bébé. »

C’est pourquoi l’étude du MAINC recommande aux femmes enceintes de consommer, entre autres, de l’Omble chevalier, riche en oméga 3 et faible en contaminants. « Pour une femme enceinte, ce qui est important, c’est d’avoir accès à une grande variété d’aliments, pour que son fœtus puisse obtenir tous les minéraux, les vitamines et les protéines essentiels, estime Gina Muckle. Lorsque les femmes ont la possibilité de faire des choix, il serait préférable de choisir des aliments qui contiennent beaucoup d’acides gras et moins de contaminants. »

Nouveaux contaminants

L’étude a retracé la présence de nouveaux contaminants. Les chercheurs ne savent pas encore quels en sont les effets sur la santé humaine. « Les concentrations de ces nouveaux produits chimiques sont généralement plus basses que les POPS traditionnels, mais ce qui est inquiétant, c’est que la concentration de certains augmentent tandis que d’autres ont des propriétés toxicologiques uniques, estime Christopher Furgal, également chercheur en santé publique au CHUL. On ne croyait pas les retrouver dans l’Arctique. L’information sur ces produits chimiques est très limitée. » Les produits ignifuges, qui retardent les risques d’incendies dans les systèmes informatiques, s’accumulent de plus en plus dans l’Arctique, conséquences de l’augmentation des déchets informatiques. « Il faut poursuivre la recherche, estime Gina Muckle. Les industries continuent d’utiliser de nouveaux produits. Il faut être à l’affût des nouvelles habitudes de consommation, des nouvelles productions, pour voir quels sont les nouveaux contaminants qui posent un risque pour la santé humaine. »

Les polluants traditionnels, de leur côté, seraient en diminution. Les concentrations de BPC, par exemple, ont diminué au cours des dix dernières années. Les niveaux de mercure, par contre, sont en augmentation constante depuis 25 ans. « La communauté scientifique ne comprend pas pourquoi il y a une augmentation du mercure, explique Christopher Furgal. Les activités humaines y sont pour quelque chose, mais nous ne savons pas dans quelle mesure. »