Dynamique communautaire : Le va-et-vient des francophones

Un professeur étudie le profil des migrants et immigrants francophones dans les territoires du Nord canadien (Yukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut)
 

Christophe Traisnel, est professeur de sciences politiques à l’université de Moncton, et effectue une recherche en partenariat avec trois organismes communautaires (Association franco-yukonnaise, CDÉTNO et Carrefour Nunavut) afin de mieux définir ce qui attire et retient les francophones dans le Grand Nord canadien. De février à mars, il revient sur le terrain septentrional après plusieurs visites effectuées entre 2008 et 2012 pour d’autres études qu’il a complétées avec son équipe.
Il s’agit d’un travail objectif qui est bâti sur trois outils d’enquête : un groupe de discussion qui est le rassemblement d’un groupe de personnes pour discuter des points de l’enquête; une enquête sur Internet, qui est un questionnaire simple sur les caractéristiques des gens installés ici; un entretien semi-directif sous le mode de la discussion qui permet à certains termes d’émerger alors qu’on laisse la personne interviewée conduire l’enquêteur sur son propre terrain. Le chercheur explique que parfois c’est la personne interviewée qui indique ces pistes-là, et que ce n’est pas quelque chose que l’on peut obtenir de façon intuitive. « L’intuition permet de structurer, de prévoir et construire le projet de recherche, mais le terrain nourrit et donne d’autres pistes qui sont importantes à intégrer dans le travail », développe-t-il.

Enquête sur le Web
Selon Traisnel, « la francophonie canadienne tout comme le Nord est un archipel avec des grosses iles et d’autres, plus petites. [Dans le Nord], c’est une réalité géographique, où l’on fait face à une mer de terres désertiques avec des communautés humaines installées ça et là qui sont presque insulaires. Certaines le sont forcément, car il n’y a pas de routes et sont simplement accessibles en avion. » Cette réalité restreint l’étude à s’effectuer ailleurs que dans les trois capitales territoriales. Et c’est pour cela que les autres des communautés francophones au-dessus du 60e parallèle sont invitées à remplir un questionnaire sur Internet. (https://fr.surveymonkey.com/r/migrerdanslesterritoires)
Ces questions simples aideront à mieux comprendre l’attirance, la déception, ou encore le profil des migrants francophones vers les territoires, car il y a « une temporalité de l’installation » explique le chercheur. « Ça fait partie des caractéristiques de la vie dans les territoires : les gens vont et viennent, ils partent, mais ils reviennent également. »
L’enquête est en ligne jusqu’au 30 mars.

Un outil pour les communautés
Ce rapport universitaire sera remis dès la fin du mois d’avril 2016 aux trois organismes qui ont lancé cet appel d’offres : un rapport de synthèse sur l’état des différentes thématiques abordées, avec des tableaux statistiques et la présence de données existantes qui ont déjà été publiées sur la question. Pour le chercheur, le fait d’être « d’ailleurs » est un point fort de son approche. « Obtenir une vision distanciée, synthétique, peut être intéressant dans une planification d’actions au niveau de la promotion et de la communication, argumente Traisnel. Ça peut servir à la communauté en général, car chacun a une expérience singulière et ce rapport peut faire la synthèse de ces expériences singulières. »
Frédéric Nolet, le directeur du développement économique à l’Association franco-yukonnaise, estime que le regard universitaire de l’équipe de Moncton est intéressant. « Nous avons la conviction que Christophe Traisnel va livrer quelque chose d’un peu plus poussé, car il a voyagé dans les trois territoires et connait déjà bien le terrain. »
« Les résultats de ce rapport seront des outils pour améliorer le recrutement et la rétention. Nous voulons bien cibler nos migrants pour qu’ils restent le plus longtemps dans les territoires », explique le Franco-Yukonnais. Ce dernier souligne bien que ces nouvelles informations ne seront pas utilisées à des fins élitistes, mais bien pour assurer une meilleure transparence quand les migrants potentiels se renseignent sur la vie dans le Nord canadien. « On ne veut pas exclure les gens, on ne recherche pas une certaine catégorie de personne, car dans les foires, n’importe qui vient se renseigner, mais nous voulons vendre de façon authentique le travail et les communautés nordiques pour éviter les déceptions, et que des migrants repartent rapidement. »
Aux TNO, Antoine Gagnon, qui dirige le Conseil de développement économique (CDÉTNO) précise que cette enquête cible l’amélioration du recrutement de personnes bilingues et de francophones qualifiés. « Des stratégies de recrutement et des stratégies marketing seront mises de l’avant au cours des années 2016 et 2017. Nous en avons déjà certaines en place, mais il est toujours bon de se remettre en question, de se repositionner pour avoir de meilleurs résultats, surtout dans des domaines d’action où l’on observe un statu quo, et où le haut taux de roulement est encore une réalité », clame-t-il. Gagnon annonce également la couleur des futures stratégies, qui reprendront une formule gagnante déjà éprouvée dans le domaine du tourisme : « C’est la mise en commun de nos ressources. En gros, le but c’est que le Yukon et les TNO recrutent pour le Nunavut, et vice-versa. »


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