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Environnement

Un aquarium en pleine nature : Le ruisseau Baker : un site accessible aux ichtyophiles.

Favori Impression :: Le ruisseau Baker : un site accessible aux ichtyophiles. Maxence JailletMaxence Jaillet
Paru le 03 juin 2010
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Paul Vecsei à la sortie de l’une de ses observations dans le ruisseau Baker. (Photo : Maxence Jaillet)
Paul Vecsei à la sortie de l’une de ses observations dans le ruisseau Baker. (Photo : Maxence Jaillet)

Passez outre le fait que l’eau du ruisseau coule le long du deuxième site minier fédéral le plus contaminé au pays, que le seul endroit pour s’asseoir demeure un sol poussiéreux à 20 mètres de la route, juxtaposé au site patrimonial de la mine d’or Giant comprenant baraque en bois rond, char d’assaut et chariot de mine. Ces abstractions faites, immergez votre tête munie d’un masque et d’un tuba, grattez un peu le fond du ruisseau avec les mains, et attendez quelques secondes… Meuniers rouges, noirs, et ombres arctiques nagent alors autour de vous au moment où vous vivez une intense expérience d’observation en milieu naturel. Tendez votre main, ces poissons viennent presque la toucher alors qu’ils baignent furtivement dans le courant. Déplacez quelques roches et vous les verrez s’alimenter de quelques particules ainsi libérées.

Lorsque la température de l’eau se situe entre 9 et 12° Celsius, le ruisseau Baker, qui débouche dans la baie de Yellowknife, dans le Grand lac des Esclaves, devient habituellement une frayère pour le meunier rouge et le meunier noir. Dans les années 1940 et 1950, il n’était pas rare que des dorés jaunes séjournent également dans ce ruisseau. Depuis l’intense activité minière de la célèbre mine d’or de Yellowknife, cette population a disparu, mais l’an dernier, alors que le niveau d’eau du ruisseau était beaucoup plus élevé que cette année, une douzaine de dorés jaunes ont été observés alors qu’ils remontaient l’embouchure du ruisseau. Le fait que la température de l’eau se situait aux alentours de 10° C, confirme à Paul Vecsei, un spécialiste des poissons qui travaille pour la firme de services d’ingénierie environnementale Golder Associates, que les dorés jaunes sont vraisemblablement venus frayer, permettant ainsi d’attribuer une population résiduelle de dorés jaunes au ruisseau Baker. « Les éléments déclencheurs pour que les poissons viennent frayer dans un cours d’eau sont la température de l’eau associée à la durée du rythme d’éclairement journalier, que l’on nomme la photopériode, et au débit du cours d’eau », explique Paul Vecsei. Ce dernier assure que l’on peut observer d’autres espèces de poisson dans le ruisseau Baker telles que le corégone, le brochet et l’épinoche à neuf épines.

En cette dernière fin de semaine de mai, les conditions semblent adéquates pour accueillir ces différentes espèces, et c’est pourquoi ce passionné des poissons plonge presque quotidiennement en combinaison étanche dans le tronçon numéro 1 du ruisseau Baker (en aval du ponceau situé sous le chemin Ingraham). Depuis quatre ans maintenant, les ombres arctiques se réapproprient le cours d’eau à chaque printemps. C’est effectivement en 2006 que le plan d’assainissement de la mine Giant détourne le lit original du ruisseau afin qu’il ne stagne plus au-dessus de quelques chambres souterraines renfermant du trioxyde d’arsenic, un sous-produit de la prolifique exploitation du minerai d’or de cette mine. Avec ce réaménagement, c’est un tout nouvel habitat, appelé le tronçon numéro 4 du ruisseau, que les ombres arctiques vont utiliser pour venir déposer leur œufs et ainsi permettre au ruisseau Baker d’abriter tous les stades de vie de cette espèce. Ce qui, pour ce biologiste, authentifie que l’assainissement du ruisseau est, jusqu’à présent, un succès. « Cela va de la ponte, énumère-t-il, à l’incubation des œufs (pas si aisée s’il y a trop de sédiment), à l’éclosion (où très peu de mortalité est observée), jusqu’à l’alimentation, qui semble être parfaite grâce à l’extrême productivité de micro-organismes provenant des étangs en amont, pour finalement assister à la dévalaison vers le lac ».  Les individus observés en aval du ponceau sont généralement des poissons immatures sexuellement. « Disséqués, leurs gonades apparaîtraient non matures, alors ces poissons sont généralement à l’embouchure du ruisseau pour s’alimenter des œufs de meuniers, qui abondent en ce moment », analyse Paul Vecsei, en soulignant qu’il peut arriver que des individus matures dévalent le ruisseau pour s’alimenter à leur tour. En tout, Paul Vecsei dénombre une vingtaine d’ombres arctiques de part et d’autres du ponceau. Il s’attend à ce que les prochaines années soient des années charnières pour calculer le recrutement de la population, c’est-à-dire si l’on peut observer une croissance de la population avec le retour des premiers individus matures issus de ce ruisseau, après quatre ou cinq années de vie dans le Grand lac des Esclaves.

 

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