Chronique de la francophonie : Le prix du bilinguisme

 

Les détracteurs du bilinguisme se plaignent souvent de ce qu’il coûte à l’État. Il faut dépenser pour traduire, mettre en place des politiques d’embauche particulières et prévoir des interprètes au Parlement. Et puis, l’argent des contribuables sert à payer des chiens de garde comme les commissaires aux langues officielles etc. etc. etc.…
Du gaspillage, pourrait-on conclure à l’écoute des ces amères critiques.
Mais en réalité, le bilinguisme est une porte privilégiée sur l’économie. Le Nouveau-Brunswick vient de nous en fournir la preuve.
Le transporteur aérien WestJet va ouvrir un centre d’appels à Moncton. On va y embaucher 400 personnes en quatre ans. Les retombées économiques vont atteindre 24 millions $.
WestJet avait le choix. On parle ici de télécommunications modernes et de haute technologie qui effacent les distances. Un centre d’appels pourrait être situé n’importe où dans le monde où la technologie est accessible. Elle existe déjà dans bien des pays avec une main-d’œuvre meilleur marché. Pourquoi Moncton alors? WestJet dit vouloir offrir des services dans les deux langues officielles. La main-d’œuvre disponible à Moncton lui permet de le faire.
Mais au fond, comme toute entreprise motivée par le profit, le transporteur a intérêt à communiquer avec les deux planètes, francophone et anglophone.
Cela fait un quart de siècle que le Nouveau-Brunswick attire des centres d’appels. Dix-huit mille personnes y travaillent. Les revenus atteignent 1,4 milliard de dollars.
Quoiqu’en disent les critiques, la présence française dans notre milieu n’est pas un boulet.
Ce ne l’est certainement pas au Nouveau-Brunswick. Cette province a déjà accueilli le Sommet de la francophonie. Les Jeux de la francophonie canadienne y auront lieu en 2017, puis les Jeux de la francophonie en 2021, tout ça dans la région bilingue de Moncton. Autant d’événements d’envergure qui mettent la province de même que le pays sur la carte, et qui sont bons pour les affaires.
L’automne dernier, Moncton s’est jointe à Québec et Lafayette en Louisiane pour fonder le Regroupement des villes francophones et francophiles avec l’intention de jouer la carte française pour promouvoir le tourisme. Ce regroupement compte près de 90 villes, dont certaines n’ont jamais affiché leur francité, comme Calgary. Mais qu’à cela ne tienne, le français, souvent rejeté dans notre pays, devient un avantage économique que l’on est de plus en plus porté à exploiter.
Les minorités francophones ont connu leur part de vicissitudes dans l’histoire. Le rapport Durham, le Règlement 17 et autres mesures répressives avaient de quoi mousser le discours misérabiliste de l’opprimé.
Il faut bien l’admettre, les minorités ont été victimes d’ostracisme. Mais quand on voit ce que la francité peut apporter à une région et quand on constate que des villes anglophones sont prêtes à se réclamer de la famille, on peut oublier les lamentations.
Les sous que coûtent les langues officielles ouvrent des portes et attirent des investissements. Bref, ils font rouler l’économie.
L’œuvre des minoritaires, c’est d’avoir survécu malgré les avatars pour apporter au Canada de 2016 un apport concret, solide, tangible que l’histoire souvent empreinte d’intentions maléfiques n’a pas réussi à effacer.
La production théâtrale L’écho d’un peuple me revient en mémoire. Il s’agissait d’un spectacle à grand déploiement présenté il y a quelques années en plein air, dans l’Est ontarien. Il racontait le français en Ontario, sa résistance et son essor. Plus d’une centaine de bénévoles y figuraient.
La dernière scène était touchante. Les figurants avançaient en foule, tête haute, en entonnant « Je marche fier et droit comme tous les autres… ». Fini la mendicité, on ne courbe plus l’échine.
Parler français et faire partie de cette force capable de communiquer avec deux mondes est certainement méritoire. Le français comme langue de société est à la fois levier et privilège pour tout pays qui en dispose. En définitive, le bilinguisme est un prix qui récompense ceux et celles qui y croient.
 


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