Prématernelle à quatre ans : Le préscolaire, partout en français

28 janvier 2016
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Araliya Fox, et Solomon Young dans une classe de
prématernelle 4 ans de l'école J.H. Sissons bricolent un
lièvre arctique qui change la couleur de sa fourrure avec
les saisons. (Crédit photo : Maxence Jaillet)

Araliya Fox, et Solomon Young dans une classe de prématernelle 4 ans de l'école J.H. Sissons bricolent un lièvre arctique qui change la couleur de sa fourrure avec les saisons. (Crédit photo : Maxence Jaillet)

Le 3 février 2016, la Commission scolaire francophone des TNO tient une soirée d’information et d’inscription pour son nouveau programme de prématernelle quatre ans à l’école Allain St-Cyr. Il s’agit d’un service que la commission offrira dès la rentrée 2016, alors que les deux autres commissions scolaires de Yellowknife exploitent cette pouponnière à nouveaux élèves depuis plusieurs années déjà.
La Commission scolaire catholique (YCS) offre ce programme depuis six ans à l’école St.Joseph. Ce programme d’immersion ciblant la littéracie qui permet de commencer un travail sur les habitudes et les connaissances qui aideront les élèves au cours de leurs années scolaires. À la Commission scolaire YK1 (YK1), le programme d’immersion préscolaire quatre ans est en place depuis la rentrée 2008, à l’école J.H. Sissons.

Inertie gouvernementale
Initialement, la CSFTNO attendait la mise en œuvre de ce programme préscolaire par le ministère de l’Éducation des TNO. « Nous en avions plein la tête avec la poursuite [CSFTNO vs GTNO] et nous n’avions pas de place également. Alors nous allions attendre la mise en place du programme par le gouvernement en 2016-2017 », explique Yvonne Careen, la directrice générale de la Commission scolaire francophone. Une mise en œuvre a débuté en septembre 2014 dans 23 collectivités des Territoires du Nord-Ouest. Le plan initial était d’élargir cette mise en œuvre dans les centres régionaux tels que Hay River, Fort Smith et Inuvik dès 2015, et de la compléter en 2016, avec les trois commissions scolaires de Yellowknife. Toutefois, dès la première phase de mise en œuvre, l’impact sur d’autres programmes déjà en place ainsi que son mode de financement ont créé des remous et ont forcé la 17e Assemblée législative à geler le projet et à lancer une étude approfondie de ce programme préscolaire gouvernemental.
En ce mois de janvier 2016, le gouvernement se refuse de donner plus de détails quant à l’échéancier pour la mise en place du programme dans les centres régionaux et la capitale. Les nouveaux ministres et députés ont certainement été mis au fait du rapport rendu au mois d’octobre 2015, mais non déposé à l’Assemblée. Cependant, avec en mire l’élaboration du budget 2016-2017, le ministère de l’Éducation ne veut pas commenter l’évolution de ce dossier avant le 18 février, lorsque le premier budget du nouveau gouvernement pourrait être annoncé.

La CSFTNO va de l’avant
La Commission scolaire francophone veut donc mettre elle-même sur pied ce programme à Yellowknife. À la demande de la communauté, la CSFTNO offre déjà un programme semblable à Hay River depuis plusieurs années, alors que des jeunes de trois ans et quatre ans passent quelques matinées par semaines à l’école Boréale. À Yellowknife, c’est l’inertie du dossier gouvernemental, tandis que la sollicitation des parents et la concurrence entre les commissions scolaires poussent l’école Allain St-Cyr à se pourvoir d’un tel service. Madame Careen avance que « depuis l’annonce de ce programme et la mise en place du programme à Yk1 et YCS, l’école perd [des futurs] élèves, car les parents considèrent le programme préscolaire plus bénéfique pour leurs enfants ».
Il s’agit d’un programme plus avantageux ou moins coûteux pour les familles, car les commissions scolaires prennent généralement en charge la moitié du prix d’inscription d’un enfant de quatre ans. Ainsi, en 2016 à Yellowknife, une famille d’un enfant inscrit dans un programme prématernelle quatre ans à temps plein à YCS ou YK1 paye 618 $ par mois : une nette différence avec les prix des garderies de la capitale qui avoisinent ou dépassent les 800 $ par mois.
Rachell Simmons, qui dirige l’école J.H. Sissons depuis un an, assure que le ministère de l’Éducation exige qu’une programmation soit en place pour le préscolaire. « Le but est d’immerger les jeunes dans la langue. Même s’ils ne font pas partie de notre système éducatif, ils adhèrent néanmoins à l’unité et aux thèmes de notre année scolaire. Ce sont des classes comme les autres. Ils participent à nos sorties et à nos activités. »
Pour les écoles qui offrent des services en français, les bénéfices sont probants et font partie intégrante de l’école. L’élève et la famille sont plus réticents à changer d’école, et les établissements s’assurent ainsi une source de nouveaux élèves déjà acclimatés à leur environnement scolaire. C’est d’ailleurs un des avantages soulevés par Simmons : « Nos élèves de 5e année sont fiers d’avoir des amis à la prématernelle. Ils sont fiers d’être des modèles et de les aider à cheminer à travers notre système scolaire. » À l’école J.H. Sissons, il y a deux classes d’immersion de prématernelle quatre ans, une de 18 et une autre de 17 élèves avec deux éducatrices et deux assistantes.
À l’école St Joseph, ce sont 18 enfants encadrés par une enseignante et une assistante. La directrice de la commission scolaire catholique, Claudia Parker, explique que ce programme permet aux enfants d’être exposés au français plus rapidement et que la plupart des élèves inscrits poursuivent leur éducation dans le programme d’immersion proposé à l’école. Elle estime que la mise en place d’un tel programme à l’échelle territoriale donnerait la chance à toutes les familles de profiter de cette éducation. « En ce moment, la maternelle n’est pas obligatoire dans notre système d’éducation. Pourtant, nous n’accueillons jamais d’enfants non scolarisés en première année : ils ont tous profité de la maternelle. Donc pour toutes les familles qui ne peuvent pas payer les coûts du préscolaire, ce programme sera accessible. »
Quand le programme gouvernemental sera mis en œuvre, les seuls changements majeurs pour les élèves et les parents de Yellowknife seront le coût de cette instruction, qui sera absorbé par le ministère de l’Éducation. Les cours débutent à 8 h 30 et se terminent normalement vers 15 h 20 ou 15 h 25, alors qu’en ce moment, les programmes préscolaires commencent à 8 h et s’étendent jusqu’à 17 h. Dans le futur, les trois commissions scolaires de la capitale seront, de toute évidence, prêtes à intégrer ces plus jeunes élèves dans leur système scolaire.

À Allain St-Cyr.
À sept mois de la rentrée 2016, tout n’est pas encore déterminé pour l’école francophone de Yellowknife. La soirée d’information sera l’occasion d’éclaircir plusieurs interrogations pour les parents. Pour l’instant, la classe favorisée pour installer les quatre ans au sein de l’établissement est la salle de musique attenante à la rotonde. Elle nécessiterait quelques installations pour se conformer au permis délivré par le ministère de l’Éducation, mais semble être la plus adéquate.
Des discussions avec la Garderie Plein Soleil située au premier niveau de l’école sont également en cours, car plusieurs points restent à définir quant aux transferts de ce groupe vers l’école. « Nous avons rencontré trois membres de la Garderie Plein Soleil et nous avons constaté que ce serait bénéfique pour les deux établissements », de dire Mme Careen, qui ajoute que la garderie aurait pu avoir peur de se voir réquisitionner des locaux par l’école, mais que l’idée est d’agrandir le bassin d’élèves, non pas de prendre des effectifs ni de restreindre la Garderie Plein Soleil. « Il y aurait plus de place pour agrandir la pouponnière ou un autre groupe de deux ans. Et nous voyons ça comme une façon d’agrandir le bassin de l’école. » La Garderie Plein Soleil n’a pas souhaité commenter la mise en œuvre du programme prématernelle avant la soirée d’information du début février. La Commission scolaire fera également le point sur les lieux de récréation alors que le ministère impose afin que les préscolaires ne passent pas leur récréation avec les élèves de l’école. Dans la capitale, deux méthodes sont utilisées : détenir une cour extérieure spécialement réservée aux classes préscolaires (J.H. Sissons) ou différer les horaires de récréation pour que les classes ne jouent pas en même temps dans la cour d’école (St. Joseph). À l’école Allain St-Cyr, aucune solution n’est avancée. Sachant que la Garderie Plein Soleil possède une aire de jeu indépendante de l’école, les deux options restent envisageables.
La CSFTNO reconnaît que l’éducation préscolaire n’est pas encore soumise à l’article 23 de la Charte canadienne et rétorque que la priorité des inscriptions sera donnée aux enfants de parents ayants droit : « [...] et seulement si la viabilité du programme est en jeu, nous élargirons l’admission aux familles anglophones qui veulent s’intégrer à la communauté », de dire Mme Careen. Le président de la CSFTNO, Simon Cloutier, renchérit : « franciser un enfant est plus facile à un jeune âge. Nous servirons les ayants droit en premier, mais nous appliquerons notre politique d’admission aux autres demandes, avec certains de nos 18 critères peut-être assouplis. »