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Économie

?Gazoduc dans la vallée du Mackenzie : Le plan de coopération en péril

Favori Impression :: Le plan de coopération en péril Simon BérubéSimon Bérubé
Paru le 24 octobre 2003
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C’est en faisant le recensement des activités industrielles sur leurs terres traditionnelles que les Premières nations du Deh Cho ont découvert qu’une douzaine de concessions minières ont été accordées à une dame du nom de Maureen Bernier. Plusieurs de ces concessions se retrouvent directement sur le tracé prévu de l’éventuel gazoduc de la vallée du Mackenzie.

« Nous avons pensé qu’il s’agissait d’une curieuse coïncidence que certaines de ces concessions chevauchaient certains endroits critiques du gazoduc. Ça nous est apparu encore plus curieux lorsqu’on a regardé le potentiel minier de ce secteur. À en croire les géologues du gouvernement, il s’agit d’une région très pauvre », raconte le chef Fred Norwegian, de Jean Marie River.

Les Premières nations du Deh Cho ont alors fait des recherches. Selon M. Norwegian, Maureen Bernier serait l’épouse de Paul Bernier. Ce dernier est vice-président de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale. « Il s’agit d’un officier fédéral qui a joué un rôle majeur pour établir un processus de collaboration entre toutes les agences et offices qui auront à réviser la proposition de gazoduc », ajoute-t-il. Le processus auquel M. Norwegian fait référence est le Plan de coopération, rendu public en juin 2002, qui vise à faciliter l’examen environnemental et réglementaire d’une proposition de gazoduc dans la vallée du Mackenzie.

À l’époque, les Premières nations du Deh Cho n’avaient pas participé à l’élaboration de ce plan. « Nous avions déjà des problèmes avec cet accord. Maintenant, nous ne pouvons avoir aucune confiance en cet accord », dit M. Norwegian, qui croit que l’apparent conflit d’intérêt remet en cause le plan de coopération.

« Nous ne pouvons pas exactement prouver ce que M. Bernier savait à propos de son épouse et de ses intérêts. Nous ne savons pas si les Bernier ont connu le tracé du gazoduc avant qu’il ne soit rendu public et nous ne savons pas exactement ce que Maureen Bernier espère obtenir en jalonnant ces concessions. Ce que nous savons, c’est que c’est louche et nous aimerions obtenir des réponses », poursuit M. Norwegian.

Les Premières nations du Deh Cho ont demandé à la Gendarmerie royale du Canada, ainsi qu’au ministère fédéral de l’Environnement, d’enquêter sur le dossier. « Nous voulons savoir si des lois ont été enfreintes et, si oui, lesquelles », dit le chef. De son côté, le conseiller en gestion foncière des Premières nations du Deh Cho, Petr Cizek, rappelle que la Loi sur les terres territoriales stipule qu’aucun employé du gouvernement fédéral ne peut avoir, directement ou indirectement, un intérêt dans les terres territoriales. « Selon nous, ça semble être exactement ce qui se passe ici », de croire M. Cizek.

Les Premières nations du Deh Cho demandent maintenant à ce que le Plan de coopération soit annulé et à ce que tous le processus de révision en cours soit interrompu. Elles demandent aussi à ce que les révisions soient dorénavant faites par un comité mixte dans lequel les Premières nations du Deh Cho seront partie prenante. Enfin, les Autochtones du Deh Cho demandent à ce que les concessions minières de Mme Bernier soient annulées.

« Si le gouvernement fédéral n’acquiesce pas à nos demandes, nous demanderons à nos avocats obtenir une injonction de la cour pour tout le processus de révision du gazoduc. Nos avocats considéreront aussi l’idée d’une poursuite en dommages pour, au moins, couvrir nos frais juridiques », déclare l’ancien chef de la Première nation de Jean Marie River, Stanley Sanguez.

Le chef de la Première nation de Wrigley, Tim Lennie, est cependant clair sur le fait que le Deh Cho s’oppose toujours à la construction d’un gazoduc dans la vallée du Mackenzie. « Nous ne supportons pas le gazoduc parce que nous n’en avons pas besoin. Mais ça nous est imposé et il y a des Premières nations, plus au Nord, qui en ont besoin. Notre position est donc d’acquérir les ressources financières nécessaires pour faire nos devoirs sur le sujet », dit-il.

Du côté d’Ottawa, c’est la porte-parole de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, Élise Dhaussy, qui a retourné l’appel de L’Aquilon. « Pour le moment, dit-elle, il s’agit de graves accusations auxquelles l’Agence a l’intention de répondre. Selon ma compréhension, une enquête indépendante sera menée et M. Bernier a demandé d’être retiré du dossier du gazoduc de la vallée du Mackenzie pendant la tenue de cette enquête ».
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