Conservation de la faune : Le nombre de caribous en chute libre

01 octobre 2009
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Bill Erasmus, Joe Rabaska, et Michael Miltenberger ont annoncer qu'ils allaient prendre des décisions importantes et difficiles pour protéger les caribous. (Photo : Maxence Jaillet)

Bill Erasmus, Joe Rabaska, et Michael Miltenberger ont annoncer qu'ils allaient prendre des décisions importantes et difficiles pour protéger les caribous. (Photo : Maxence Jaillet)

Les premières actions se porteront vraisemblablement vers la réduction de la chasse, quelle soit de subsistance ou sportive.

 

Les mines étaient blêmes, en cet après-midi du 24 septembre à l’Assemblée législative ténoise. Le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles (ERN), le chef du gouvernement Tlicho et le chef de la nation Dénée annonçaient aux journalistes l’état inquiétant du troupeau de caribous considéré comme le plus important pour les résidents des Territoires du Nord-Ouest. Les tout derniers chiffres révélés par les biologistes du ministère, estiment qu’il ne reste plus que 31 900 caribous de la harde Bathurst.

« C’est une image bien terne des caribous de Bathurst qui nous est montrée, pèse Michael Miltenberger, le ministre des Ressources naturelles. Les recherches sont complétées, il faut maintenant agir. » Le ministre a mentionné qu’une réunion aurait lieu pas plus tard qu’au mois d’octobre pour faire le point sur les actions à mettre en place pour faire avancer la protection de « la plus importante ressource naturelle ténoise ». Le gouvernement des TNO rencontrera le gouvernement Tlicho avec le Wek’eezhii Renewable Resource Board qui agit comme autorité au sein des communautés Tlicho en ce qui concerne la gestion de la faune.

S’il ne pointe pas du doigt de causes spécifiques à ce déclin, le ministre avoue que les décisions prendront en compte toutes les sources potentielles identifiées depuis plusieurs années. Soit le changement climatique, les insectes, la prédation par les loups, l’exploitation des ressources minières, le développement industriel, et la chasse.

 

Les autochtones

Joe Rabaska, le chef du gouvernement Tlicho a indiqué combien il était abattu par ces nouveaux résultats. « Quand j’ai appris ces chiffres, hier, j’étais dévasté. » Le chef du seul gouvernement autonome autochtone des TNO a mentionné que bien sûr son peuple savaient que ce déclin arriverait, mais qu’il n’en reste que 32 000 têtes était troublant. « Nous allons travailler avec ce gouvernement et faire ce que nous devons faire », a raisonné le chef Rabaska en ajoutant que tous les leaders tlichos contribueraient immédiatement à l’effort de conservation qui sera décidé. « Ce que nous allons décider ce sera cela qu’il faudra suivre! Et si nous décidons que nous devons arrêter de prélever des caribous pendant plusieurs années, nous le ferons. Il y a d’autres ressources alternatives que nous pouvons manger, je parle de l’orignal, du caribou des bois, du bison, et pourquoi pas du poulet frit », parvient-il à plaisanter.

Il se pourrait bien que la chasse de subsistance soit touchée par les prochaines résolutions, mais comme l’a remarqué Bill Erasmus, le chef de la nation Dénée, ce sont les autochtones qui ont le plus de droits sur cette ressource, et ceux qui en ont le moins ce sont les pourvoyeurs et les chasseurs sportifs. « Ainsi, dit-il, ils risquent eux aussi de voir leur nombre de permis diminuer. »

 

Des chiffres irréfutables

Selon M. Miltenberger, personne ne peut nier les résultats de ces recherches scientifiques. « Depuis 2005, nous sommes le gouvernement qui a investi le plus d’argent au Canada pour étudier la dynamique de cette population de caribou. Ce sont 8 millions de dollars que nous avons dépensés pour connaître mieux cette ressource. Nous pourrions peut-être améliorer quelques détails, mais notre méthode de recherche est approuvée et nous ne sommes plus au point de la débattre, mais bien de ce que nous devons faire pour protéger cette ressource.

La surveillance aérienne est utilisée depuis les années 1980 aux TNO. Depuis le pic de 470 000 individus enregistré en 1986, la population de la harde de Bathurst n’a cessé de décroître. En 2006, la population était estimée à 128 000. Depuis six ans, le programme de suivi satellitaire des migrations de la harde est possible grâce à une vingtaine de colliers radio-émetteurs disposés sur des femelles. Tous les trois ans, ces données sont couplées à un inventaire aérien qui dénombre les femelles en gestation.

Selon Jan Adamzcewski, biologiste à ERN, l’écologie des caribous des TNO est très différente des autres cervidés : « On ne peut pas les comparer aux rennes de Russie ou d’Europe, car là-bas l’influence humaine est bien plus importante, on parle même de domestication chez les Lapons. Il n’y a également qu’au Canada où les loups sont une véritable source de prédation sauvage sur ces populations ». Il raconte que d’ailleurs plusieurs données ancestrales autochtones soupçonnent un cycle dans la relation prédateur proie du loup et du caribou. « Dans les années 40, le nombre de caribous était estimé au plus bas, et selon les registres de trappe de l’époque, il était également très rare de piéger des loups », dit-il.