Cueilleurs de morilles : Le mystérieux VPN

09 juillet 2009
0 Commentaire(s)

Par un dimanche après-midi pluvieux, près du lac Sandy, une voiture immatriculée au Québec semble abandonnée sur le bord de la route. L’énigme est résolue dès le lendemain, à Hay River.

Les bois brûlés le long de la route de Fort Smith, entre la jonction avec la route de Fort Resolution et l’accès vers le lac Sandy, ruissellent sous la pluie. Les troncs noirs des épinettes et des pins qui ont brûlé voici un peu plus d’un an abritent une couche de végétation vert tendre.

Des véhicules sont isolés sur les bas-côtés, dont l’un en provenance de l’Alberta. Un autre porte une immatriculation du Québec. Que viennent donc faire des Québécois dans ce bout du monde calciné ?

Notre petit groupe de randonneurs, de retour d’une marche au lac, est bien perplexe. On s’arrête près de cette voiture, on lit la plaque et l’un d’entre nous s’exclame « VPN… Vieux Père Noël! » Sont-ils un ou plusieurs ces VPN? D’où viennent-ils? Que font-ils ici et surtout sont-ils en difficulté quelque part dans la forêt?

Nous appelons, en français. Nous nous approchons de la voiture. Elle est en excellent état à l’extérieur comme à l’intérieur. Elle contient des serviettes de toilette, des vêtements, une peau de loup aux poils lustrés, des bois de caribou blanchis. Assurément cette voiture est utilisée par plusieurs personnes. Nous lançons de nouveaux appels. Pas de réponse, pas de trace dans le sol, le silence total. Nous en déduisons que ces marcheurs sont partis faire une balade en forêt, nous ne voyons aucune raison de nous attarder plus longtemps.

Le lendemain en début d’après-midi, j’aperçois la petite voiture. Elle est stationnée près de la piscine. Je rejoins aussitôt le conducteur, qui fume sa cigarette tranquillement, sa fenêtre est ouverte. Je me présente puis je l’interroge sur sa raison d’être ici. Deux autres francophones nous rejoignent. En tout il sont trois Québécois en quête de… morilles, évidemment! Deux garçons et une fille, celle-ci originaire du Témiscamingue, habituée à planter des arbres depuis huit étés dans l’ouest canadien et familière avec les bois du Nord pour la cueillette de ces champignons.

« Je ne veux pas que tu parles de nous », dit-elle d’une voix inquiète. Elle explique toutefois qu’ils font partie d’un groupe de 15 personnes, qu’ils ont un contact local qui achète leur récolte, et que c’est très payant.

Puis ils s’engouffrent dans le complexe sportif pour prendre un bain à la piscine. Lorsque je reviens vers le stationnement une heure plus tard, la voiture a disparu. Ils sont partis comme ils sont venus, dans un silence total.

La morille est le champignon le plus cher au monde, après la truffe. Elle a une saveur de noisette sur un fond d’arômes boisés. Elle se vend sur le marché à un prix oscillant entre 130 $ et 250 $ les 500 grammes.

Petite anecdote : une résidente de Yellowknife en a trouvé en plein centre ville en fin de printemps, sur un tapis d’écorces brûlées entourant un édifice bordant l’avenue Franklin.