«Pour que la démocratie fonctionne, ça prend des partis d'opposition!» : Le ministre yukonais Trevor Harding accorde une entrevue à l'Aquilon

05 février 1999
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En plus de forcer le premier ministre Morin à démissionner, le rapport Crawford a peut-être attiré l'attention sur les faiblesses de la politique de consensus telle qu'on la pratique à Yellowknife. L'Aquilon a rencontré le leader de l'Assemblée législative du Yukon, l'honorable Trevor Harding qui insiste sur l'importance d'une politique de parti même dans de petits territoires comme le Yukon, les TNO ou le Nunavut.

Trevor Harding cumule plusieurs responsabilités. Il est à la fois le ministre responsable du développement économique, de la Commission des Services publics, de la Corporation de développement du Yukon et de la Commission d'Énergie du Yukon. C'est qu'on ne retrouve que six ministres au Conseil des ministres du Yukon et chacun doit assumer plusieurs portefeuilles.

«Au Yukon, le travail d'un ministre est très difficile, explique Harding, parce qu'il doit cumuler tellement de portefeuilles. Mais aussi, c'est que tout le monde qui veut parler au ministre ici peut le faire! Il prend le téléphone et nous appelle. De plus, le parti au pouvoir doit toujours faire face aux critiques de l'opposition. C'est l'administration la plus responsable qu'on peut imaginer. Parfois même, peut-être trop, on s'enfarge dans des peccadilles!»

Pour Trevor Harding, il ne sera jamais question que le Yukon considère revenir à une procédure de consensus à l'Assemblée législative. «Nous avons abandonné ça par ici, continue le ministre, on a trouvé que ça ne fonctionnait pas. Une politique de consensus oblige les membres de l'Assemblée législative à des tractations entre individus, qui doivent nécessairement rester confidentielles... «Tu me donnes ça, moi en échange je t'obtiens telle faveur...» les décisions ne se prennent pas d'abord par rapport à une plate-forme politique de tel parti mais par rapport au jeu des intérêts personnels des personnes qui siègent à l'Assemblée et ça se passe nécessairement derrière des portes closes!»

C'est le Nouveau parti démocratique qui domine à l'Assemblée législative du Yukon avec 14 députés élus, laissant cinq sièges à l'opposition que se partagent le parti libéral et le parti yukonais.

«Le travail de l'opposition, reprend Harding, c'est de critiquer le gouvernement et d'alerter l'opinion publique sur des dossiers litigieux. C'est parfois ennuyeux pour le parti au pouvoir mais c'est ce qui fait que tous les débats sont publics. C'est la condition de la démocratie.»

Une des objections qu'on entend parfois sur l'introduction d'une politique de partis au Nunavut, c'est que ça risque de diviser les communautés. La population du Nunavut vit majoritairement dans des petites communautés de 500 à 1200 personnes et le fait de créer des allégeances politiques pourrait peut-être engendrer des déchirements importants.

Trevor Harding ne voit pas là un argument sérieux. «Est-ce que les communautés ne sont pas déjà divisées par des allégeances politiques au fédéral? demande-t-il. Est-ce qu'elles ne sont pas divisées aussi sur plein d'autres questions comme l'usage de l'alcool ou la réhabilitation des délinquants? »

Puis, le politicien s'amuse à comparer les revenus des ministres entre les TNO et le Yukon.

«Jamais la population du Yukon n'aurait accepté que ses ministres se versent des salaires comme ceux que se versent les ministres des TNO! dit-il. C'est justement le genre de décision qui se prend en arrière de portes fermées et ce ne serait pas possible ici.»

Les députés de l'Assemblée législative du Nunavut, une fois élus, s'attarderont très certainement à se poser ce genre de questions tout comme la question de savoir comment procéder à l'élection du premier ministre.

Les lois actuellement en vigueur aux TNO auront force de loi au Nunavut au 1er avril prochain. Le rôle de l'Assemblée législative du Nunavut sera de modifier ces lois et d'en créer de nouvelles, pour le plus grand bénéfice de sa population.