Arts et cultures : Le goût de l’engagement

12 août 2010
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L’exposition Fragments de Blake Ward est présentée au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles de Yellowknife jusqu’au 5 septembre.

L’exposition Fragments de Blake Ward est présentée au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles de Yellowknife jusqu’au 5 septembre.

Les sculptures de Blake, aguichent, provoquent et fendent le cœur.

 Des expositions à Londres, New-York et Phnom Penh, des critiques dans le New-Yorker et le Guardian et un coquet studio à Monaco. Les affaires du sculpteur né à Yellowknife Blake Ward vont bien. Assez bien, il faut croire, pour se préoccuper de philanthropie.

Ainsi, chaque sou qu’il amasse avec la vente des pièces qui composent l’exposition Fragments est remis à un organisme qui effectue des travaux de déminage en Asie du Sud-Est. On fait sa part comme on peu.

C’est alors qu’il était professeur invité au département d’Arts de l’Université d’Hanoï qu’il a été confronté à l’enfer des mines anti-personnelles. En visite dans la campagne vietnamienne, on lui a expliqué pourquoi tant de gens se baladaient en béquilles, que ces vestiges ont fait plus d’un million de mort depuis le milieu des années soixante-dix, dont beaucoup d’enfants, et qu’elles continuent de tuer, de défigurer et d’écloper.

« J’ai voulu faire quelque chose », dit-il. Et Blake a fait des sculptures.

De prime à bord, les vingt bronzes qui composent Fragments n’ont rien de très dénonciateurs. Des corps nus, d’hommes, de femmes, comme on en verrait dans les temples grecs. Plutôt sexy. Et on peut toucher en plus.

Or, chaque personnage a des bouts en moins. Des pieds, des poitrines, des bras, des têtes. Sans le contexte, ça pourrait ressembler à une imitation de ruiné. À du faux vieux. Mais quand on connait le motif de l’artiste, ça prend une allure macabre.

Ce n’est pas la seule cause qu’embrasse le sculpteur. Une autre série, Rethink, s’attaque, elle, aux droits de l’homme qu’on piétine. Une des pièces représente un jeune homme courbé, le visage bas, les poings liés dans son dos. C’est intitulé « Guantanamo ».

Dur pari que le sien. À l’heure des Damien Hirst et autres Jeff Koon, l’art engagé n’a guère la cote.

« Certains disent que l’art qui dénonce n’est pas de l’art, commente-t-il. Moi je pense qu’au contraire, il est important de dire quelque chose. »

« Comme artiste, poursuit-il, j’ai l’occasion de dire ce que d’autres ne peuvent pas dire. Alors je le fais. »

Tout de même, celui dont le style est très classique, se donne une limite. « Le danger avec l’art conceptuel, c’est de n’avoir plus que ça, un concept. D’évacuer l’art. Moi, même si je me sers de mon travail pour exprimer des idées, je recherche d’abord et avant tout l’esthétique. »

Pour autant qu’une poitrine déchirée de shrapnel vous allume.