La face cachée de la pierre : Le diamant et le crime organisé

03 juillet 2001
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L'industrie du diamant génère des profits considérables à travers le monde, mais ce marché lucratif n'engendre pas que des bénéfices. Les groupes criminels ont rapidement mis la main sur cette petite mine d'or. Le Canada, qui possède de riches gisements de kimberlites, n'échappe pas à la menace du crime organisé, selon Ray Halwas, responsable du projet Diamant. « Le diamant est un minerai de valeur, facile à dissimuler et à transporter », mentionne-t-il. « Si des groupes au Canada s'intéressent au marché de la drogue, rien n'indique qu'ils ne pourraient pas s'intéresser à la contrebande de diamants. »

De son bureau situé dans le bâtiment de la GRC à Yellowknife, le sous-officier est seul aux commandes du projet Diamant, mis sur pied il y a cinq ans. La GRC s'est rapidement penchée sur le côté sombre de l'industrie, dès la découverte de diamants de qualité supérieure au pays. Sa division « G » a mis en place cette stratégie, qui en est encore à ses balbutiements. D'ici deux ans, six employés vont travailler sur ce projet. Sans mentionner sur quels éléments les forces de l'ordre se basent pour déterminer la menace criminelle, le sous-officier est catégorique. « Le marché du diamant est comme une page blanche, il offre de l'emploi et suscite des opportunités d'affaires. Il y a cependant une petite tache noire et nous l'avons à l'¦il. »

Antonio Nicaso, co-éditeur d'un journal italien à Toronto et auteur de nombreux livres sur le crime organisé, estime que la découverte d'éléments récents démontre l'intérêt du monde interlope envers l'industrie du diamant. « L'un de ces groupes criminels, la mafia italienne installée au Québec, semble prendre cette direction. Mais il n'est pas le seul, les organisations travaillent de concert. » L'auteur explique qu'il y a quelques années, un groupe mafieux avait mis la main sur des terres riches en diamants au Venezuela. Une compagnie canadienne a manifesté de l'intérêt pour l'achat de ces terres. « C'est le premier signe qui a permis aux enquêteurs de croire à une éventuelle présence criminelle au sein de l'industrie canadienne. »

Les effectifs spécialisés dans la lutte à la contrebande diamantaire au Canada agissent, pour l'instant, de façon préventive. « Notre objectif actuel est de rassembler toutes les ressources à notre portée et d'ouvrir une fenêtre au niveau national », explique Ray Halwas. La communication constitue la majeure partie du travail. « Les expertises doivent être combinées », ajoute Antonio Nicaso. « C'est le seul moyen de traiter avec le crime organisé. Ce n'est pas un problème qui est local, mais il est national et international. » L'un des paramètres de la stratégie canadienne contre le crime organisé est la modification de certaines lois. « Le Canada a été durant plusieurs années sans législation par rapport au crime organisé, ce qui a permis l'installation et l'association de plusieurs groupes criminels », explique Antonio Nicaso. « Mais ce n'est pas trop tard pour agir. » Ray Halwas espère qu'il y aura des changements législatifs. « Nous essayons d'établir une meilleure compréhension du phénomène. De nouvelles lois vont grandement nous aider dans notre travail. »

Sur le plan international, les pays producteurs de diamants et certains industriels se sont rencontrés six fois au cours de la dernière année, pour réglementer l'industrie et mettre en place, entre autres, un système d'identification des gemmes par une empreinte. Déterminer la provenance des diamants est l'une des solutions envisagées pour enrayer la contrebande. L'organisation non-gouvernementale canadienne Partenariat Afrique-Canada (PAC) a assisté à ces rencontres. « L'industrie canadienne est assez propre, car elle est nouvelle », mentionne le coordinateur à la recherche du PAC, Ian Smillie. « Mais toutes les compagnies sont imprégnées des conflits engendrés par la contrebande. Il est encore impossible d'acheter des diamants dans une bijouterie canadienne et d'en connaître la provenance. »

Une rencontre s'est ouverte à Moscou le 2 juillet dernier et près de 30 représentants gouvernementaux, dix compagnies minières et huit ONG se sont penchés sur ce luxueux commerce qui génère près de 50 milliards US de profits par année.