Passages migratoires : Le cri des cœurs battants

30 septembre 2010
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(Photo : Batiste Foisy)

(Photo : Batiste Foisy)

Passages migratoires : quand la beauté de l’art rencontre l’horreur de l’identité qu’on vole.

Il y en a pour qui l’art est un métier; pour d’autres un passe-temps. Pour Laurette Grégoire, c’est le cri d’un cœur qui s’entête à battre.

« Nous, on a voulu montrer qu’à travers cette migration difficile que nous avons vécue, une des réponses au bien-être c’est vraiment l’art, c’est vraiment la création, dit-elle. Parce que la création, elle ne nous sédentarise jamais; on ne sédentarise jamais l’esprit créateur. Et nous, nous avons voulu montrer que, malgré l’image que nous projetons, nous créons toujours. »

Laurette est innue, de la communauté Uashat mak Mani-Utenam, au Québec. La « migration difficile » qu’elle évoque, c’est la somme de toutes les politiques d’assimilation, de tous les pensionnats autochtones et de toutes ces autres attitudes racistes que le Canada a entretenues envers les siens pour les dépouiller d’eux-mêmes.

Comme celles d’une vingtaine d’artistes autochtones du Québec, les œuvres de Laurette sont exposées ces jours-ci au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles de Yellowknife. L’exposition Passages migratoires rassemble le travail d’artistes, d’artisans et de designers québécois pour qui exister est une nécessité, une urgence.

« Nous n’avons pas été élevés par nos parents et nous avons appris notre histoire du Canada dans des livres qui dépeignaient nos ancêtres comme des gens sanguinaires », relate Laurette Grégoire en présentant son travail, sorte de ligne du temps où l’enfance volée se mue en quête de sens, en soi-mêmes à tâtons.

« Il y avait en chacun de nous quelque chose de vraiment déconstruit, poursuit-elle. Plus l’extérieur se construisait par l’éducation, plus de l’intérieur, nous étions déconstruits en tant que personnes. […] On a piétiné nos racines. »

C’est cette thématique de la recherche douloureuse de l’identité qui unit les œuvres autrement disparates de Passages Migratoires. Ici, le présent rencontre un passé fantasmé fait de mémoires arrachées une à une.

On ne s’émerveille pas des masses devant les sempiternels mocassins et autres capteurs de rêve qu’on retrouve inévitablement dans le lot. Mais il y a aussi des perles d’amalgames tradition-modernité, comme cette jolie table à café, style Ikéa, faites de raquettes en babiche. J’en veux, j’en veux!

À voir pour le message, pour le goût, et parce que – c’est rare, même au musée territorial – c’est en français.

L’exposition Passages Migratoires est présentée au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles de Yellowknife jusqu’au 30 novembre.