Environnement : Le Nord, une dompe éternelle?

13 septembre 2012
0 Commentaire(s)

Plusieurs résidents de Yellowknife ont exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis du projet d'assainissement d'un des sites industriels les plus contaminés du Canada, le site de l'ancienne mine d'or Giant.

Sandra Lockhart s'est couchée avec le sens du devoir accompli, ce mardi 11 septembre 2012. Elle a eu le courage de se présenter aux audiences publiques du plan d'assainissement de la mine Giant devant l'Office d'examen des répercussions environnementales de la vallée du Mackenzie (OEREVM). Ce faisant, elle et 18 autres individus ont démontré une chose : malgré la conclusion des proposeurs quant au peu de chance que leur projet aurait d'inquiéter le public, les résidents de Yellowknife ont exprimé leurs questionnements vis-à-vis de la congélation à perpétuité de 237 000 tonnes de poussière de trioxyde de diarsenic.
Les audiences du projet d'assainissement de la mine Giant proposé par les gouvernements fédéral et territorial ont débuté à Yellowknife, le lundi 10 septembre. Devant les sept membres de l'Office d'examen, les fonctionnaires des Affaires autochtones et développement du Nord Canada (AADNC) veulent faire approuver la solution qu'ils ont identifiée comme étant la meilleure pour protéger la santé et de la sécurité des habitants du Nord ainsi que de l’intégrité de l’environnement. Cette solution peut se résumer simplement à l'utilisation de la méthode des blocs congelés pour assurer la gestion de la roche et des chambres souterraines qui renferment la poussière toxique pour empêcher ad vitam æternam la dilution du diarsenic dans l'environnement. Elle fait également appel à des clôtures empêchant l'accès à certaines cavités restant ouvertes et à la mise en place d'une nouvelle station d'épuration de l'eau qui s'écoulera à travers ce site prohibé et dont le diffuseur en plastique (polyéthylène haute densité) se situera à 9 mètres de profondeur au milieu de la baie de Yellowknife. Alors que durant ce processus, les proposeurs répondent ordinairement aux questions des différents partis inscrits tels que la ville de Yellowknife, l'organisme Alternative North ou la première nation des Denés Yellowknifes, mardi soir, c'est à un public renseigné, impliqué et éloquent que les gouvernements ont dû expliquer leur projet.

Légende aurifère
La cinéaste France Benoit, qui passe en auto au cœur de la mine à chaque fois qu'elle doit quitter sa maison, a soulevé d'entrée de jeu, l'impossible certitude du concept d'éternité. Alors que les pyramides datent de 4500 ans, elle s'est interrogée sur la façon dont le message de la contamination devrait être transmis aux millions de générations futures. « En s'occupant du plus important problème de diarsenic au monde [...], c'est la première fois que l'on doit communiquer ce danger pour l'éternité. Nous sommes devenus les gardiens de l'éternité », a-t-elle témoignée. Film à l'appui, elle s'est inspirée d'une ainée autochtone suggérant que peut-être les légendes orales seraient une méthode plus adéquate pour transmettre un message à travers le temps. Qu'ainsi, la légende du Monstre souterrain de Couteau Jaune serait plus efficace qu'une pancarte arborant le symbole Warning Danger!

Un dépotoir éternel
Le danger de cette éternité pour Sandra Lockhart réside dans le moment actuel, alors qu'elle n'a pas osé poser directement la question à tous les interlocuteurs à savoir si l'un d'eux savait s'il existait déjà un papier désignant à jamais le Nord comme un dépotoir. Ne serait-il pas facile à l'avenir de venir déposer ses déchets toxiques à quelques kilomètres de la capitale advenant que des milliers de tonnes de diarsenic s'y trouvent déjà à perpétuité? Pour cette résidente du Territoire Akaitcho, comme elle s'est premièrement présentée, c'était un devoir de venir parler à ces audiences afin de pouvoir dormir l'esprit en paix avec la part qu'elle devait jouer dans ces décisions.
Lois Little, elle, a avoué se sentir prise en otage par cet héritage industriel, alors que les pressions actuelles poussent à prendre, pour le futur, des décisions dont l'autorité n'est pas assurée. Elle a donc suggéré aux membres de l'Office de révision de recommander plutôt l'utilisation de solutions qui remédieraient à la toxicité de ce déchet dans une période de temps plus restreinte.

Une solution éternelle nécessite un engagement financier éternel
Plusieurs voix se sont exprimées sur le besoin d'accompagner un projet d'assainissement qui envisage l'éternité d'acquérir un quelconque mécanisme de financement pour soutenir des dépenses estimées de 1,9 million de dollars par années jusqu'à la fin des temps. Alors que Shannon Ripley a posé la question quant à l'engagement économique du gouvernement, les fonctionnaires ont répondu que seul le financement, sur la durée de vie de ce projet (15 ans de mise en œuvre et 10 ans de surveillance), était assuré. Par la suite, la décision sera prise par les gouvernements en place avec l'assurance qu'ils travailleront toujours pour la santé et la sécurité de leurs citoyens.

Une source de contamination mondiale
Si l'océan Arctique est alimenté par le Fleuve Mackenzie, et que la baie de Yellowknife fait partie du lac où le plus grand fleuve du Canada prend sa source, une baie de Yellowknife contaminée par un accident reviendrait à toucher la planète. Selon ce raisonnement et ses calculs, Lorraine Hewlett estime qu'il y a assez de diarsenic pour tuer 2 trillions de personnes. Elle s'insurge que malgré cela, l'idée que la ville de Yellowknife puisse placer sa source d'alimentation d'eau potable en aval du diffuseur de la mine Giant assainie fasse son bout de chemin dans les décisions gouvernementales. Durant son allocution, elle a demandé à l'Office de considérer d'ajouter les coûts de remplacement du conduit sous-marin qui alimente la capitale ténoise en eau provenant de sa source en rivière prétextant que c'était dû à la contamination du site qu'il était inconcevable d'utiliser l'eau de la baie de Yellowknife comme source d'eau potable.

Les audiences de l'OEREVM ont pris fin ce vendredi 14 septembre et son président Richard Edjericon a mentionné durant les présentations au public que la décision de son équipe par rapport à ce projet pourrait s'échelonner sur les six prochains mois.