Chronique de la francophonie : La voix du député

On peut classer le discours politique en deux catégories : celui qui parle du voisinage, et l’autre qui fait sienne une cause qui touche tout le pays. Je veux vous entretenir au sujet de Mauril Bélanger, un francophone engagé poussé vers l’épuisement par la maladie.
Le citoyen élit son député qui, espère-t-il, saura défendre ses intérêts et ceux de sa circonscription. S’il tire le bon numéro, l’élu de son choix sera ministre ou parlementaire flamboyant. Dans le cas contraire, le candidat en qui il a donné sa confiance finira adossé au rideau des Communes. Assis loin derrière, on l’entendra de temps en temps, avant la période de questions quotidienne, féliciter l’équipe de hockey locale ou déposer une pétition.
Ainsi va la vie au Parlement, de l’arrière-ban au fauteuil de la première rangée, au côté du premier ministre ou du chef de l’opposition. On oublie ceux dont l’œuvre est incertaine, et on remarque les autres qui font les manchettes par leurs réalisations ou leurs brillants discours.
Cela dit, il y a une autre famille de parlementaires. Ce sont ceux qui luttent pour une cause dont la portée dépasse de loin les frontières de leur circonscription, mais qui font rarement les grands titres dans la presse nationale. Mauril Bélanger en fait partie.
Il est la voix non seulement d’Ottawa-Vanier, circonscription à forte concentration francophone de la région de la capitale nationale, mais de tous les francophones minoritaires au pays. Pourtant, on n’a pas beaucoup entendu parler de lui à l’extérieur d’Ottawa. La raison est simple : il existe des causes pancanadiennes dont la grande presse ne s’occupe jamais ou presque.
C’est le cas des minorités linguistiques. Ce dossier a beau toucher des citoyens de partout, le député qui le prend sur ses épaules ne sera jamais vedette, du simple fait qu’il sera toujours loin des projecteurs.
Les francophones isolés dans la masse anglaise canadienne ne sont pas assez nombreux pour que les journalistes affectés à la politique canadienne s’intéressent à ceux qui les défendent.
C’est pourquoi des parlementaires de la trempe de Mauril Bélanger, tout comme Jean-Robert Gauthier, son prédécesseur dans Ottawa-Vanier, ou Yvon Godin, ancien député néo-démocrate d’Acadie Bathurst, n’ont pas toujours eu l’attention qu’ils méritaient.
On peut certainement en ajouter à cette courte liste. Je les cite parce que j’ai eu l’occasion de les voir à l’œuvre en comité parlementaire.
Une petite explication au sujet de ces comités. Des députés de tous les partis y siègent. Ils étudient projets de loi et grands dossiers. Ils reçoivent ministres, hauts fonctionnaires, citoyens et groupes d’intérêt en audience.
On dit souvent que la Chambre des communes trouve son importance dans le fait que la démocratie s’y exprime. Or, le rôle des comités parlementaires à cet égard est tout aussi essentiel, même s’il se joue loin des caméras, la plupart du temps. C’est dans ces comités que se débattent les grands enjeux de la société canadienne.
Parmi les députés qui y siègent, certains posent les questions de circonstance. Les mots sont justes, mais le ton n’y est pas. Puis, de temps en temps, il y en a un qui se détache du lot.
Au-delà du verbe, on entend cette inflexion dans la voix plus révélatrice que tous les mots du dictionnaire qui traduisent le sentiment. Ce que l’on écoute dans ces moments-là, c’est un cœur qui parle. Il en était ainsi quand Mauril Bélanger évoquait la condition des minorités francophones.
La Chambre des communes lui a fait l’honneur de le désigner président honoraire. En lui rendant hommage, le premier ministre Justin Trudeau a promis un plan d’action à l’intention des minorités linguistiques.
Sa maladie, incurable et irréversible selon les diagnostics, le prive maintenant de la parole. Il communique à l’aide d’une machine qui récite ses mots… sans sa voix… Tenace et déterminé, il veut tenir le coup jusqu’au bout. Le cœur qui le faisait parler est toujours là.
 


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