FNCSF : La taïga des conseils scolaires francophones

Un rocher gris, froid, rond et haut comme une colline qu’on voit par une fenêtre… Des conifères épars, maigres, qui ont réussi à y planter leurs racines… Des combattants déterminés à vivre et grandir au grand dam d’une nature hostile. Nous sommes à Yellowknife, à l’école Allain Saint-Cyr.


« C’est ici que je viens me ressourcer », me confie la directrice, Geneviève Charron, en me montrant ce paysage à couper le souffle.


Quelques secondes plus tôt, on passait devant une aire de travail sans porte, presque dans le passage. « Ici, on ne perd pas un centimètre carré ». Il faut bien sûr presser le citron puisque l’école Allain Saint-Cyr doit emprunter des locaux à l’école voisine, faute d’espace sous son toit.


Tout ça nous ramène au congrès de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) qui avait lieu en même temps dans la capitale des Territoires du Nord-Ouest. Les congressistes y prenaient la mesure de leurs responsabilités et de celles de leurs écoles. À entendre leurs témoignages, on saisit rapidement ce dont ils ont besoin ; de larges et fortes épaules.


Ces écoles déjà à court de moyens ne peuvent se limiter à leur devoir d’enseignement. Elles doivent aider toute la communauté à vivre et grandir.


Il leur faut créer un milieu de vie qui donnera à tous le goût et la fierté de vivre en français, qui bâtira une identité française et qui fera place à toutes les cultures, immigrants ou Canadiens de souche. Tout un mandat !
Oui, mais cela ne se fait pas tout seul. On a besoin de ressources.

Viendront-elles ? Pas si vite.
Des dossiers trainent en longueur, notamment en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan et dans les Territoires du Nord-Ouest. S’ajoute à cela cette poursuite au sujet du transport scolaire au Nouveau-Brunswick pour éviter d’entasser élèves anglophones et francophones dans le même autobus.


Toutes ces affaires concourent à la même fin : créer et développer un milieu de vie global, franchement francophone de la petite enfance au secondaire. Mais avec quoi ?


Y a-t-il quelque part des ressources qui ne sont pas mises à contribution, dont on pourrait tirer un meilleur usage ? Fort probablement, si l’on croit en la priorité que la FNSCF va accorder aux négociations avec Ottawa d’ici l’an prochain.
C’est le Protocole d’entente fédéral sur l’enseignement en français qui occupera la plus grande place dans ses travaux. En vertu de ce protocole, le fédéral définit seul les besoins et donne de l’argent aux provinces sans toutefois contrôler le respect des conditions.


Inacceptable, selon la FNCSF. Elle veut qu’on la consulte. Les fonctionnaires du gouvernement ne connaissent pas nos besoins comme nous les connaissons, a fait remarquer un des congressistes. Le directeur général de la Fédération, Roger Paul, dénonce aussi le fait que les provinces peuvent faire ce qu’elles veulent de cet argent. De plus, ce Protocole ne comprend pas de volet exclusif pour l’enseignement en français. Le français langue seconde par immersion en fait aussi partie.


Le prochain protocole entrera en vigueur en 2018. La Fédération espère qu’il ouvrira une nouvelle ère, celle où l’on traitera les minorités en gens responsables libérés du paternalisme des gouvernements, avec plein usage des ressources qu’Ottawa déploie à leur intention.


Ça ne règlerait peut-être pas tout, mais ce serait un beau et grand pas dans la bonne direction. Mais pour le moment, les minorités devront s’inspirer de ces conifères qui survivent dans la taïga canadienne, derrière l’école Allain Saint-Cyr.
La terre y est hostile, mais les arbres, chétifs en apparence, sont en fait plus forts que le plus majestueux des érables. À leur image, les descendants de tous ceux et celles que l’on a crus promis à l’assimilation s’accrochent à la vie, même quand on ne leur offre qu’un flanc de roche grise.
 


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