Société Santé en français : La santé a du tonus

13 décembre 2002
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La société Santé en français compte faire pression sur les gouvernements pour qu’ils reconnaissent la nécessité d’offrir des soins de santé en français.

La société Santé en français a pris un nouveau virage lors de la rencontre tenue la dernière fin de semaine de novembre, à Ottawa, par la Fédération des communautés francophones et acadiennes. Déjà constituée en réseau à travers quatre régions du pays depuis un certain temps déjà, la Société s’est incorporée lors de cette réunion. Le conseil d’administration et le conseil exécutif ont été formés, au sein desquels siège la psychologue ténoise Roxane Valade. Chaque région a soumis ou soumettra sous peu des projets de démarrage au conseil d’administration.

La naissance de ce groupe s’est fait dans la foulée de l’affaire Montfort, cet hôpital de l’Ontario qui a été sauvé in extremis de la fermeture par un jugement de la Cour d’appel de l’Ontario en décembre 2001. La Cour avait reconnu l’importance de l’institution pour la survie de la communauté franco-ontarienne. Dans la même veine, le gouvernement fédéral avait débloqué des fonds pour créer un réseau pan-canadien de service de santé en français. Avec l’incorporation, la Société acquiert plus de latitude pour poursuivre elle-même ce projet de réseautage.

Aux Territoires du Nord-Ouest, un comité de santé en français avait déjà été formé avant la réunion, pour formuler le premier projet du territoire. Outre Daniel Lamoureux, qui représente la Fédération Franco-TéNOise, Danielle Couillard, coordonnatrice de l’Association franco-culturelle de Yellow-knife, Roxane Valade et France Benoît constituent le comité. Cette dernière a d’ailleurs été embauchée pour mener sur le terrain une étude sur les besoins des communautés franco-ténoise en matière de santé en français. Cette étude, projet de démarrage de la communauté francophone des T.N.-O., devrait être complétée en mai prochain, si les fonds prévus sont alloués. Une réponse est attendue d’ici une semaine ou deux.

« C’est sûr qu’on n’aura pas notre propre hôpital dans le Nord, explique Roxane Valade, qui représente les trois territoires du Nord au sein du conseil d’administration. Il faut donc être créatifs, innovateurs et voir comment on peut offrir plus de services en français. Il faudra que ça parte de services déjà existants. »

Les priorités retenues l’an dernier, lors d’un colloque sur la petite enfance, ont été justement d’investir des ressources humaines auprès des tout-petits dans le secteur préventif. Le comité de santé ténois veut également miser sur des soins en santé mentale. L’étude de la consultante viendra déterminer si ces priorités sont toujours d’actualité pour les communautés. Plusieurs modèles peuvent être retenus, comme celui de créer une équipe de spécialistes itinérants qui, de façon ponctuelle, visitera les communautés. Le futur centre communautaire de Yellowknife pourrait également être une infrastructure destinée à soutenir les projets en santé.

La société Santé en français compte faire pression auprès du gouvernement fédéral, dont Santé Canada, pour s’assurer d’un financement stable. Du côté du comité, les pressions pourraient se manifester auprès du gouvernement des T.N.-O., pour qu’il tienne compte des besoins des francophones dans l’embauche de spécialistes. « On ne peut pas réinventer la roue, laisse entendre Roxane Valade. Il faut s’associer aux services et aux infrastructures existants. » L’une des tâches qu’aura à réaliser la consultante est de répertorier les spécialistes francophones ou bilingues qui travaillent en Alberta. « Si on envoie quelqu’un en cardiologie, par exemple, on pourra dire au médecin ou à l’infirmière d’ici qu’il y a telle ou telle personne en Alberta qui parle français », spécifie la psychologue.

L’absence de recommandations touchant directement la question des services de soins de santé en français dans le rapport de la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada donne un leitmotiv à la Société, qui aura à faire reconnaître ces besoins avec plus de vigueur. « C’est une occasion de motiver les troupes et de continuer à faire de la promotion, ajoute la représentante du Nord. Les messages n’ont pas tous été entendus, on a du pain sur la planche. »

Un groupe comme la Société pourrait même faire avancer certains dossiers judiciaires, comme celui de la communauté franco-yukonnaise, qui menace de poursuivre le gouvernement du Yukon pour le manque de services de soins de santé en français. Lors du transfert de la responsabilité de la gestion des soins de santé entre les gouvernements fédéral et du Yukon, aucune clause linguistique n’assurait la prestation des services en français selon les principes évoqués dans la Loi sur les langues officielles. « J’ose croire que ça va rendre la cause plus forte, espère Roxane Valade. Même si ce n’est pas son mandat, la Société sera là pour gonfler les voiles. »

Le conseil d’administration est présidé par le directeur général de l’Hôpital général de St-Boniface, Hubert Gauthier. Chaque région, soit l’Ouest, le Nord, l’Ontario et les Maritimes, est représentée au sein du conseil exécutif.