Pensionnats indiens : La première rencontre

16 juillet 2009
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La commissaire de la vérité et de la réconciliation, Marie Wilson, a profité de l’invitation de l’Assemblée annuelle dénée pour établir un premier contact avec le peuple autochtone. La stratégie non voilée d’informer le plus de monde possible lors d’un événement unique, a bien fonctionné, alors que la commission savait que la plupart des leaders dénées seraient au rendez-vous et que ceux qui n’ont pu se déplacer jusqu’au fin fond du bras est du Grand lac des Esclaves, suivraient le déroulement de l’assemblée via la radio ou la télévision. (Photo : Maxence Jaillet)

La commissaire de la vérité et de la réconciliation, Marie Wilson, a profité de l’invitation de l’Assemblée annuelle dénée pour établir un premier contact avec le peuple autochtone. La stratégie non voilée d’informer le plus de monde possible lors d’un événement unique, a bien fonctionné, alors que la commission savait que la plupart des leaders dénées seraient au rendez-vous et que ceux qui n’ont pu se déplacer jusqu’au fin fond du bras est du Grand lac des Esclaves, suivraient le déroulement de l’assemblée via la radio ou la télévision. (Photo : Maxence Jaillet)

Pour sa première présentation au Canada, la Commission de vérité et de réconciliation a écouté les chefs de la nation Dénée réunis à Lutselk’e.

Un an après sa mise en place, la Commission de vérité et de réconciliation (CVR) a finalement effectué sa première apparition publique à l’occasion de l’Assemblée nationale dénée qui s’est tenue du 6 au 11 juillet à Lutselk’e à l’est du Grand lac des Esclaves. Marie Wilson et le chef Wilton Littlechild, les deux nouveaux commissaires de la CVR désignés en juin 2009, se sont présentés aux chefs et aux délégués des différentes premières nations des TNO en leur proposant d’écouter et de répondre à leurs questions.

Pour les chefs, grands chefs ou délégués Dénés qui ont eu la parole lors de ce tour de table, il a été important de questionner le processus de validation des institutions considérées comme pensionnats indiens. Comme l’a mentionné Leon Lafferty du gouvernement Tlicho, certaines auberges, familles d’accueil ou écoles n’ont pas le statut de pensionnat, alors que ces institutions contiennent également leur lot de préjudices envers plusieurs autochtones des TNO.

Edward Sangris, chef de la nation des Yellowknifes Déné de Dettah a rappelé combien il était important que non seulement les survivants des pensionnats puissent suivre la voie de la guérison, mais que les familles ainsi que les membres des communautés en général puissent faire partie de ce rétablissement.

Durant l’échange, les commissaires ont mis l’emphase sur le fait que chaque survivant qui le désire aurait l’opportunité de s’exprimer. Que se soit par écrit, de vive voix, lors d’audiences publiques ou privées, les commissaires ont assuré que chacun serait écouté. L’autre point intéressant amené lors de cette discussion est que la commission recueillera également les témoignages volontaires de personnes ayant travaillé dans ces institutions. D’après les représentants de cette commission indépendante, de nombreuses personnes sont fières du travail qu’elles accomplissaient au sein de ces institutions et cela peut aider à révéler les vérités durant cette période sombre du Canada. « Nous ne sommes pas là pour changer le passé, mais bien pour comprendre ce qui s’est passé. Car notre but est de faire ressortir la vérité  », a expliqué Marie Wilson.

Suite à cette première expérience sur le terrain, la commissaire a résumé à L’Aquilon quels étaient les principaux défis qui s’élevaient devant les cinq années de vie de cette commission.


Un travail sur cinq ans

Après la démission successive de l’ancienne présidente de la CVR en octobre 2008 et des deux autres commissaires en janvier dernier, la nouvelle équipe veut faire table rase sur les précédents et affiche une détermination et un engagement qui inspire confiance. Le président de la commission, Murray Sinclair, et les deux commissaires se sont rencontrés pour la première fois à huis clos en juin 2009. « Il était important pour nous, évoque Marie Wilson, que l’on puisse se rencontrer seuls tous les trois. Pour nous connaître d’abord et pour bien comprendre la vision de chacun. Je suis heureuse de dire que nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous avons un message à passer, qui est que l’espoir de guérir le Canada n’est pas perdu. » D’après elle, la commission repart à neuf et le laps de temps de cinq ans a été reconfirmé même si les déboires antérieurs ont grugé 13 mois de travail à la commission.

« Des gens m’ont appelé déjà pour me remercier de prendre en charge ce travail lourd, délicat et difficile. Les gens comprennent ce que représente ce travail pour le Canada. J’ai vécu dans plusieurs régions au pays et je pense sincèrement que les gens sont bons. Les Canadiens détiennent de hautes valeurs et sont fondamentalement de bonnes personnes. Je suis persuadé qu’ils seront touchés par ce qui se dégagera de notre travail et je les sens capables d’accomplir beaucoup de petits gestes de réconciliation. »

Pour l’instant le mandat de cette commission indépendante qui résulte du règlement issu du plus grand recours collectif de l’histoire du Canada : la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI), est de libérer les esprits par la révélation des expériences communes afin d’ouvrir la voie de la réconciliation. Mais le médium final, la façon dont le bilan de ce travail sera présenté n’est-il pas encore défini? « Il faut commencer par la fin, répond l’ancienne journaliste qui a sillonné le Nord pendant des années. Notre prochaine étape est de s’assurer que l’on sait quel produit nous présenterons en fin de compte. Nous savons déjà que nous devons remettre un rapport dans deux ans puis un rapport final au gouvernement dans cinq ans. Mais nous devons savoir comment nous transmettrons ce travail au public. »

Témoignage inuit

Résidente des TNO depuis plus de 33 ans, Marie Wilson estime que le fait qu’il n’y ait plus de représentant inuit au poste de commissaire ne veut pas dire que les résidents du Nunavut n’auront pas accès aux mêmes opportunités de témoignage. Elle prétend qu’un comité particulier ou une autre formule sera mis en place pour écouter les Nunavummiuts. Selon elle, lors des travaux de la commission, des services de traductions seront offerts dans les différentes langues autochtones.

Dans le Nord, les premiers pensionnats se seraient établis dans les années 1860, et selon la commissaire, même si une énorme partie de l’héritage a déjà disparu, il y aurait près de 88 000 survivants canadiens encore en vie. Durant son mandat, la commission espère visiter toutes les communautés des TNO.