Services à l’enfance en langue française : La porte d’entrée à l’école demeure bloquée

Avec ses 5 000 membres (gestionnaires et éducatrices) représentant 230 services à l’enfance, l’Aféseo constitue le plus important regroupement préscolaire en milieu minoritaire. (Photo : Aféseo)

Avec ses 5 000 membres (gestionnaires et éducatrices) représentant 230 services à l’enfance, l’Aféseo constitue le plus important regroupement préscolaire en milieu minoritaire. (Photo : Aféseo)

Inspiré par la stratégie québécoise en petite enfance et alimenté par les mouvements sociaux, le libéral Paul Martin avait annoncé en 2005 le lancement d’un système national de garde. Sitôt élu, Stephen Harper annule le plan. Dix ans plus tard, alors que l’espoir renait, Justin Trudeau sacrifie le développement du jeune enfant au profit de la lutte contre la pauvreté. Un dur coup pour le préscolaire francophone.
Au lendemain du budget du 22 mars, le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a expliqué que l’allocation pourrait mener à la plus importante baisse de pauvreté infantile de l’histoire canadienne en faisant chuter de 50 % le taux de pauvreté.
La Commission nationale des parents francophones, l’instigatrice du mouvement préscolaire il y a 20 ans, se réjouit de l’initiative. Les nouvelles allocations familiales fondées sur le revenu sont « plus justes, plus simples et plus généreuses, selon la présidente Véronique Legault. C’est une excellente nouvelle pour nos familles ». 
La directrice de l’Association francophone à l’éducation des services à l’enfance de l’Ontario, Martine St-Onge, n’est toutefois pas convaincue que le remède est adéquat. « Ça coûte en moyenne environ 1 500 $ par mois pour la garde d’un enfant dans la province. Ce n’est pas avec les 2 000 $ par année de l’allocation qu’on pourra s’en sortir.
« Les familles monoparentales ne pourront pas se permettre la garderie et de nombreuses femmes devront interrompre leur carrière, souligne-t-elle. On a le système le plus couteux au Canada et le fédéral ne contribue rien. Même avec deux salaires d’enseignants, tu ne peux pas t’offrir un service de garde. 
« Le budget est une douche froide, clame Martine St-Onge. On n’a pas vu l’ombre d’une intention d’appuyer un système de garde universel. Il faudrait recommencer avec les arguments pour les francophones, c’est tout à refaire. »
Avec ses 5 000 membres (gestionnaires et éducatrices) représentant 230 services à l’enfance, l’Aféseo constitue le plus important regroupement préscolaire en milieu minoritaire. Depuis 10 ans, l’association subit une érosion continuelle de son réseau de garderies publiques et communautaires accréditées. Les communautés francophones perdent ainsi un avantage critique dans le recrutement scolaire.
Au début des années 2000, les conseils scolaires francophones ont obtenu un cadre provincial pour intégrer à l’école la maternelle et le jardin, réduisant ainsi la clientèle du réseau de garde. Quelques années plus tard, la province a accordé le même encadrement aux écoles de la majorité, effaçant l’avantage aux écoles françaises.
Depuis, les écoles d’immersion offrent aussi leur programme au préscolaire, note Martine St-Onge, attirant chez elles une part des francophones. De plus, la loi ontarienne permet maintenant aux conseils scolaires d’offrir la garde avant et après l’école, rompant ainsi le lien entre les garderies communautaires et le milieu scolaire.
« C’est une perte importante pour nos membres, dit-elle. Cette clientèle est la plus lucrative. Les garderies font des déficits avec la garde des plus jeunes. Les services à l’enfance seront donc plus chers et les prix devront augmenter. » Ce qui aurait pour conséquence l’ouverture de nouveaux services largement improvisés. « Les parents incapables de s’offrir un service de qualité vont aller underground.
« C’est encore plus épeurant pour les nous, les francophones, précise la directrice générale. Si nos services sont limités au préscolaire, ça va à l’encontre de la continuité en éducation. Le gouvernement vient de s’excuser pour le Règlement 17 (qui avait interdit en 1916 l’enseignement en français). Quand tu coupes l’entrée dans ton système, ça revient quasiment au même. C’est juste plus insidieux. »
Quant à l’avenir de l’Aféseo, il demeure incertain. « Si le gouvernement ne finance pas les services à l’enfance, soutient-elle, il ne donne pas d’aide aux organismes d’appui. On vit depuis de projet en projet. Plus ça va, plus on réduit et plus on exige de nous. On a manqué de faire faillite l’an dernier. »
Pour relancer le système préscolaire, souligne la directrice générale, il faudrait mener une campagne provinciale sur le terrain avec des partenaires de la majorité. « Le financement pour la formation en garderie, par exemple, transite par les municipalités. Il y a 47 regroupements municipaux. On n’a pas l’énergie pour entreprendre ça. »
La solution pour retrouver un avantage concurrentiel appartient aux 12 conseils scolaires, propose Martine St-Onge. « C’est le groupe francophone le plus puissant et le mieux financé. Il pourrait se greffer au système des garderies sans perdre l’aspect communautaire, le lien avec la culture et la communauté. Le concept existe déjà. »
Au Nouveau-Brunswick, l’expansion du réseau de garderies (120 millions $) et un programme d’aide aux parents (62 millions $) promis par le gouvernement libéral n’ont pas encore démarré. La province attend de connaître les intentions du fédéral avant d’avancer.
 


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