Éditorial : La peur de l’étrange

19 novembre 2015
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Encore une fois, des attentats terroristes ont réussi à merveille. Ces attentats ne se situent pas dans la même classe que les attentats de septembre 2001, mais ils créent le même effet merveilleux auprès des marchands de fournitures militaires : ils suscitent de la haine et justifient encore plus de réponses armées contre « les étrangers ».
Soyons lucides! Ce genre d’exercice militaire de terrorisme n’a pas pour but de gagner une guerre, mais bien de gagner une ronde qui servira à justifier les rondes d’atrocité suivantes, point à la ligne. Un attentat est normalement suivi de nombreuses opérations policières et militaires pas très subtiles que semblent justifier les attentats précédents et qui mènera probablement quelque temps plus tard à une réponse tout aussi sanglante du groupe assiégé. C’est le cercle vicieux de tous ces gestes de brutalité gratuite qui ont lieu partout sur la planète.
Et le pire dans tout ça, c’est qu’on n’a jamais de réponse réelle pour régler le litige. Il n’y a pas un seul geste d’amour ou de rapprochement qui réussira à convaincre les terroristes et les xénophobes de tout acabit. Leur haine est viscérale et ne répond pas aux messages que pourrait lancer le cerveau. Le KKK déteste les gens non caucasiens et aucun raisonnement ne leur fera changer d’idée. Les extrémistes musulmans détestent tout ce qui est européen ou américain et rien ne leur fera changer d’idée. Les racistes de tout genre continueront toujours de haïr les étrangers, peu importe le comportement paisible et respectueux des dits étrangers.
Si on n’a pas de réponse pour renverser la haine, on peut cependant avoir une réponse pour essayer d’enrayer sa propagation. Oui, l’amour, l’amitié, la pitié et la compréhension commune sont de bons vaccins pour tenter de limiter la croissance de ce mal insidieux. Celui qui haït en ce moment continuera d’haïr plus tard. Mais avec suffisamment de sensibilisation, on peut essayer d’enrayer la propagande haineuse qui ne mène à rien.
Et en attendant, en arrière-plan du drame de Paris, il y a des millions de personnes éjectées de leur pays par des guerres souvent fratricides, comme toutes les guerres à travers les âges. La Seconde Guerre mondiale a provoqué à elle seule un mouvement de dizaines de millions de réfugiés, et les guerres actuelles viennent de dépasser ces niveaux historiques; on décompte environ 53 millions de réfugiés à travers le monde.
Oui, il y a probablement dans le tas des militaires qui fuient la guerre, comme il y avait des soldats allemands dans les réfugiés de la Seconde Guerre mondiale. Mais la très grande majorité de ces réfugiés est constituée de personnes qui ont tout perdu et qui ne désirent qu’une chose, trouver une oasis de paix.
Pour éviter que ne se propage davantage la haine, on a tout intérêt à demeurer humain et à aider ces gens qui vivent dans le désespoir. Ça ne changera pas la guerre qui sévit chez eux, ou les séquelles vécues par les victimes de guerre et d’attentats, mais ça aide au moins à bâtir un avenir potentiellement meilleur pour tous.